La rénovation du foyer chrétien et de son ameublement

D’après Mgr Gaume, traité sur le Bénédicité au XIXème siècle

 

BibliothèqueOn s’entoure de ce qu’on aime. Aux objets qui décorent son appartement, comme aux livres qui composent sa bibliothèque, on connaît un homme. Autrefois le voyageur qui traversait nos provinces, savait qu’il était dans un pays catholique. La croix placée au faite des maisons lui disait la victoire permanente du Rédempteur.

S’il entrait dans les plus pauvres chaumières, ses regards étaient attirés sur des images plus ou moins bien faites, mais toutes religieuses. Généralement c’étaient les douze apôtres, formant une ligne continue ; puis, la sainte Vierge dans une place particulière et à côté d’elle le crucifix héréditaire.

Alors l’homme s’entourait de ce qu’il aimait. Il aimait son Dieu, mort pour lui sur une croix; il aimait sa douce mère, la consolatrice des affligés, le refuge des pécheurs, la santé des malades. Il aimait les apôtres, ces douze immortels conquérants, fondateurs de l’empire chrétien, qui parcoururent le monde entier, le tirèrent de la barbarie païenne, et l’arrosèrent de leur sang, au profit des générations futures.

En voyant ces saintes images, révélation permanente d’un monde supérieur, l’homme se souvenait de sa noble origine et de sa destinée. Il savait qu’il était l’enfant de Dieu, dont l’amour sans bornes l’avait racheté au prix d’intolérables souffrances, et que dans le ciel il avait un père, plus père que tous les pères, qui continuait de veiller sur lui..

Il savait que cette terre était une terre d’exil ; la vie un pèlerinage de courte durée, et le ciel son pays. Accablé de travail, pauvre, malade, humilié, persécuté, il lui suffisait d’un regard sur son Dieu crucifié, pour lui faire trouver le calme de l’âme, la douce résignation et la force de porter noblement le poids de la fatigue, et le fardeau de la douleur. […]

Aujourd’hui tout est changé ! Plus de croix sur les maisons. Sa place est occupée par des girouettes, image trop fidèle de l’inconstance des esprits. A part celle qu’il aperçoit au sommet des clochers, le voyageur peut traverser la France d’un bout à l’autre, sans savoir quelle est la religion des habitants.

Il ne l’ignore pas moins, s’il entre dans la demeure de la plupart des bourgeois. Quel spectacle elle présente ! Les saintes images en sont bannies. S’entourant de ce qu’ils aiment, les chrétiens, dégénérés ou fascinés, ont voulu, depuis la renaissance du paganisme, avoir sous les yeux les divinités olympiques, avec les scènes fabuleuses de leur vie cruelle et débauchée.

Ailleurs, on trouve des arbres, des paysages, des scènes de la vie champêtre, des vues de mers ou de montagnes, des oiseaux, des chiens, des chats : c’est la pure nature qui n’éveille aucune pensée surnaturelle. Suivant les goûts préférés des habitants, ces objets varient sans jamais sortir du cercle étroit du naturalisme.

Si la haineChevet chrétien persévérante des méchants – qui ont combattu la présence de Dieu dans nos foyers, du protestantisme à la révolution – prouve, mieux que les paroles, l’importance des saintes images, leur zèle à propager les mauvaises ne le prouve pas moins. Ils sont incessants, généraux, inouïs les efforts qu’ils font pour inonder les villes et les campagnes, les jardins, les promenades, les places publiques, les maisons particulières, de gravures, de tableaux, de statues, de statuettes, de groupes sensualistes et obscènes, de manière à tenir ouvert à tous les regards un livre corrupteur, que chacun peut lire et comprendre.

Ai-je tort d’insister pour que, à cette prédication infernale, les familles chrétiennes opposent, par le moyen des saintes images, une prédication non moins résolue, et non moins générale ? Le foyer domestique est une école, où tout doit instruire ; c’est un sanctuaire, où tout doit élever les cœurs.

[…]

Car voilà qu’après de longs siècles, le jour de la délivrance se leva sur le monde. Le prince de l’abîme fut vaincu par Jésus-Christ. Peu à peu les signes de sa domination disparurent ; à leur place brilla le blason du vainqueur. Des hauteurs de Constantinople, le roi de l’éloquence, saint Chrysostome, contemplait avec admiration le monde émaillé de la croix triomphante.

« Partout, s’écrie-t-il, elle s’offre à mes regards ; elle resplendit sur le diadème des empereurs; je la vois chez les femmes et chez les hommes, chez les esclaves et chez les personnes libres. Elle apparaît à tous les points de l’horizon, au faîte des maisons, sur les places publiques, dans les lieux habités et dans les déserts, sur les promontoires, au sommet des navires, aux fenêtres, aux portes, au cou des chrétiens, sur les vêtements, sur les armes, sur les vases d’or et d’argent, sur les pierres précieuses, dans les peintures des appartements…»

Il en fut ainsi tant que demeura vraie la devise gravée sur nos anciennes monnaies : Christus vincit, régnat, imperat, c’est-à-dire tant que Notre-Seigneur Jésus-Christ régna sur les nations, comme nations. Mais un jour, jour à jamais néfaste, une réaction antichrétienne se fit dans le monde. Au milieu de bien d’autres ruines, l’ameublement chrétien livré au mépris, disparut sous les coups sacrilèges du paganisme renaissant. De l’antique ameublement, était partie intégrante le bénitier de famille.

Il fut un des premiers proscrits, cela devait être : le démon sait ce qu’il fait. De toutes les armes que, dans son intelligente sollicitude, l’Église a mises aux mains de ses enfants, l’une des plus puissantes est l’eau bénite : c’est leur arme de précision. […]

De quel droit mépriserions-nous l’eau bénite ? Avons-nous trouvé de meilleures armes, pour combattre notre implacable ennemi ? Notre vie a-t-elle cessé d’être une lutte permanente ? Les tentations qui nous assiègent sont-elles moins séduisantes ou moins nombreuses ? Satan a-t-il changé ? A-t-il vieilli ? Le nier n’est pas le détruire : cette négation même est une preuve de son empire.

Et puis l’eau bénite n’est pas seulement une arme victorieuse contre les attaques directes des mauvais anges, elle est encore un préservatif contre les maladies et les fléaux. Rien n’est plus certain. De là l’empressement de nos pères à recourir à l’eau bénite. Tu ne seras pas étonné d’apprendre que sainte Thérèse en avait toujours sur elle. J’ajoute avec consolation que depuis quelques années, elle a d’assez nombreux imitateurs. On fabrique maintenant des bénitiers de poche, garnis d’une éponge et qui peuvent conserver l’eau bénite, pendant dix et même quinze jours.

Malgré cette réaction salutaire, l’eau bénite est encore pour le grand nombre un objet d’indifférence. Le bénitier n’a pas repris sa place au foyer domestique. Pour les eaux artificielles, pour les eaux de senteur, que de vases précieux, de toutes couleurs, de toutes formes et artistement travaillés !

DSC00135Quant au plus précieux de tous, le bénitier, ou il ne se trouve pas dans bien des familles, ou il est d’une matière vile et grossièrement travaillée. C’est un manque de respect qui choque les plus simples convenances.

Que le bénitier, comme le crucifix, et les saintes images, rentre donc au foyer domestique ! Sa place naturelle est dans la chambre à coucher, auprès du lit. C’est là que le chrétien s’endort ; là qu’il s’éveille ; là peut-être qu’il doit mourir. C’est là aussi que veille, soit pour lui arracher sa dernière pensée, soit pour troubler son sommeil, soit pour surprendre son premier réveil, l’ennemi infatigable, si justement appelé le Lion toujours rugissant.

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