« Le jeûne n’est pas seulement corporel, il est aussi spirituel, car nous avançons corps et âme vers la gloire de Dieu »

Chers Fidèles de Saint Eugénie et chers lecteurs du site Sainte Eugénie. Pour bien commencer le carême, vous trouverez l’homélie du mercredi des cendres et ce texte du Père Gilles.

Je vous souhaite un bon et saint carême afin de faire une belle montée vers Pâques.

Chanoine de Ternay


Sermon pour le Mercredi des cendres 2015 à Sainte Eugénie par le Chanoine de Ternay

 

En ce mercredi des cendres et jour de jeûne, il me plaît de vous parler du jeûne afin qu’il profite au corps et à l’âme.

Dimanche dernier, je vous ai encouragé à jeûner une fois par semaine et à offrir votre jeûne pour les chrétiens persécutés dans le monde. Il est bon aussi d’en offrir pour la France, malade de l’absence de Dieu.

Le jeûne comme je vous le disais n’est pas seulement corporel mais aussi spirituel car nous avançons corps et âme vers la gloire de Dieu.

jeûne02En effet le jeûne a deux aspects : l’aspect corporel (ou physique) et l’aspect spirituel. Il n’est pas permis de séparer le jeûne corporel du jeûne spirituel. De même, il n’est pas permis de préférer ou de favoriser le jeûne corporel par rapport au jeûne spirituel, ou le spirituel par rapport au corporel. L’Écriture Sainte, la tradition chrétienne, la coutume ecclésiastique, la logique et la sagesse naturelle démontrent l’importance des deux sortes de jeûne. Tous les deux sont une obligation de la dévotion et une preuve de notre foi en Dieu, ainsi qu’un acte d’amour à l’égard de Dieu et du prochain, surtout le prochain pauvre, qui est dans le besoin ou faible.

Malheureusement, certains disent : Moi, je fais l’aumône au pauvre, et cela me dispense du jeûne. Ou encore : Je cesse de fumer pendant le Carême, et cela me dispense du jeûne. Ou aussi : Je cesse de manger du chocolat pendant le Carême, et cela me dispense du jeûne.

Toutes ces choses sont de belles œuvres de vertu, mais elles ne dispensent pas du jeûne corporel traditionnel, qu’elles complètent et expriment, car elles sont une partie du jeûne.

Le jeûne a un aspect familial, social et pastoral. Car non seulement l’individu jeûne, mais aussi la famille jeûne ensemble (le père, la mère et les enfants), et de même la paroisse jeûne si elle suit les recommandations de l’Église et de son pasteur. De sorte que le jeûne, par sa spiritualité, son but et tous ses aspects, entre au cœur de la personne, dans son âme, son corps, sa pensée, son imagination, toutes ses sensations et tous ses sens. Ainsi, la bouche, la langue, l’œil, l’ouïe, la vue, les oreilles, les mains et les pieds jeûnent. L’homme jeûne avec toutes ses composantes corporelles et spirituelles, avec toute son âme et toutes ses forces.

Les prières liturgiques sont une école spirituelle ; elles sont notre guide vers la grâce du jeûne spirituel et corporel. L’un conduit à l’autre.

Si nous regardons quelques figures de l’Ancien Testament nous pourrions faire monter cette prière empreinte à la liturgie orientale :

« Plus que toutes de gloire est comblée la grâce qui du Jeûne vénérable provient : par elle le prophète Elie trouva son char flamboyant et Moïse reçut les tables de la Loi, par elle fit merveille Daniel, Élisée ressuscita un mort, les Jeunes Gens éteignirent la fournaise de feu, par elle chacun devient l’ami de Dieu ; dans la joie qu’elle nous procure, chantons : Béni sois-tu, ô Christ notre Dieu qui l’as voulu ainsi ! Gloire à Toi ! »

Ainsi, on voit clairement que le jeûne n’est pas seulement une pratique extérieure ; c’est plutôt une grâce, qui a des effets spirituels sur plusieurs plans.

  1. Le jeûne aide à l’élévation spirituelle. Le symbole en est le char d’Elie, qui avait jeûné pendant quarante jours avant son élévation au ciel sur un char de feu.
  1. La grâce du jeûne fait que l’homme pénètre en profondeur dans le sens de la Loi divine, des Dix Commandements, qui sont l’expression pratique de l’éthique et des valeurs du saint Évangile. Le grand prophète Moïse les avait reçus au Mont Horeb du Sinaï après y avoir passé quarante jours dans la prière et le jeûne.
  1. La grâce du jeûne a fortifié le prophète Daniel et lui a inspiré ses visions.
  1. La grâce du jeûne opère des miracles, comme lorsque le prophète Élisée ressuscita un mort.
  1. La grâce du jeûne a fortifié les trois jeunes gens qui ont résisté aux flammes de la fournaise des Babyloniens et les ont éteintes.
  1. La grâce du jeûne nous permet de rejeter la tentation à l’exemple de Jésus qui après quarante jours de jeûne fut attaqué par le démon. La manière de faire de Jésus est impressionnante. Le jeûne permet d’avoir cette tranquillité de Dieu, cette force de Dieu en nous.

 Chers fidèles, je vous souhaite à vous et à vos familles un bon et fructueux carême.

Ainsi soi-il.


Lettre du Père Gilles de Saint François de Salles

Le Mercredi des Cendres – qui tombe cette année sur le 22 février – nous introduira dans le temps du Carême. L’Église nous invite, ce jour-là, à observer le jeûne et l’abstinence, c’est-à-dire, à ne consommer qu’un seul repas par jour, et sans viande, comme signe de pénitence et de conversion. Le jeûne, tel qu’il est voulu par l’Église, n’a pas comme but la privation, ou l’expiation de je ne sais quel péché ; au contraire, il nous enseigne la modération, le don et la maîtrise de soi, et nous rend solidaires de ceux qui souffrent de la faim.

Saint François constate que le jeûne, bienfaisant au corps et à l’esprit, n’a que des effets bénéfiques pour la vie spirituelle : « Le jeûne fortifie l’esprit, mortifie la chair et la sensualité, élève l’âme vers Dieu, rabaisse la concupiscence, donne la force de vaincre et d’éteindre ses passions ; enfin, il dispose le cœur à ne chercher que ce qu’il plaît à Dieu». Le jeûne qui plaît à Dieu, enseigne le saint évêque, requiert trois conditions : (1) qu’il soit pratiqué de bon cœur, (2) sans vanité ni hypocrisie, (3) et en se plaçant sous le regard de Dieu pour accomplir sa volonté [2]. Le saint évêque de Genève, qui désirait que la pratique du jeûne soit libre, sincère et humble, nous rappelle que le jeûne ne doit pas s’appliquer qu’à l’estomac, mais aussi à tous les autres sens. N’est-il pas hypocrite que de priver de nourriture notre estomac, alors que notre langue continue à s’agiter sans frein ni contrôle? N’est-ce pas jeûner, que d’éviter de nous disperser en conversations inutiles, qui peuvent facilement nous détourner de la charité et de la prière ? « Préparez-vous à jeûner avec charité – disait saint François de Sales – car si votre jeûne est pratiqué sans charité, il est vain et inutile, et n’est point agréé par Dieu».

Chez François de Sales prévaut toujours l’équilibre et le bon sens. Par exemple, il n’autorise pas que l’on jeûne contre l’avis du médecin; il demande aussi que l’on sache remplacer le jeûne par une autre pénitence, lorsque les circonstances ne s’y prêtent pas. Un jour, alors qu’un prélat était en visite chez François de Sales à Annecy, ce dernier alla prévenir son hôte que le souper était prêt. « Souper, répondit le prélat, je ne souperai pas aujourd’hui, car le moins que l’on puisse faire, c’est de jeûner une fois par semaine ! ». François, aussitôt, lui fit porter une collation dans sa chambre, et alla souper avec ses aumôniers. « Voyez-vous, leur dit-il, il ne faut pas être attaché à ses pratiques, même les plus pieuses, au point de ne pas savoir les interrompre quelques fois : autrement, sous prétexte de fidélité, il s’y glisse un subtil amour-propre. Le jeûne, lorsque les circonstances ne le permettent pas, peut être renvoyé à un autre jour ; on peut aussi le remplacer par la condescendance, qui est fille de la charité, et qui doit lui être préférée».

Saint François recommande le discernement et la modération dans la pénitence. Celui qui a un travail pénible ne devrait pas épuiser ses forces en jeûnant, disait François de Sales : « Le jeûne et le travail, pratiqués conjointement, brisent et abattent le corps. Si le travail que vous faites vous est nécessaire, ou s’il est pour la gloire de Dieu, je préfère que vous souffriez de la peine du travail, plutôt que de celle du jeûne. C’est d’ailleurs le sentiment de l’Église : pour les travaux qui sont au service de Dieu ou du prochain, elle dispense même du jeûne prescrit. L’un a de la peine à jeûner ; l’autre à servir les malades, à visiter les prisonniers, à confesser, à prêcher. Cette peine-ci vaut mieux que celle-là car, outre le fait qu’elle maîtrise aussi le corps, elle porte de bien meilleurs fruits. En règle générale, il est préférable de garder un peu plus de forces physiques qu’il n’est nécessaire, que d’en ruiner plus qu’il ne faut. Car on pourra toujours en perdre ; on ne pourra pas toujours en retrouver». Nous voyons combien Saint François est sage dans tout ce qu’il nous enseigne. Ce n’est pas le jeûne pour le jeune qu’il nous propose ; mais un jeûne bien “nourrit” de l’amour de Dieu ! Voici encore une perle de la sagesse salésienne que l’on peut méditer : « Il vaut mieux pencher du côté de la charité que de l’austérité ».

Père Gilles de St. Fr. de Sales, affilié à l’Ordre de la Visitation

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Une réflexion sur “ « Le jeûne n’est pas seulement corporel, il est aussi spirituel, car nous avançons corps et âme vers la gloire de Dieu » ”

  1. j’ai été ravie de trouver votre Sermon combien il est réconfortant ;nous avons un tel besoin pour notre âme se repose en paix dans ce monde où nos églises incendiées ,les Croix arrachées brisées ;Je l’ai imprimé pour François D B

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