L’esprit de Saint Jean Bosco dans l’éducation

Conférence du Chanoine Thibaut de Ternay, dans le cadre de la journée des familles, le 31 janvier 2015.


Rapide aperçu de la vie de Saint Jean Bosco

Don_BoscoIIJean Bosco est né le 16 août 1815, sur la colline des Becchi, un petit hameau près de Castelnuovo d’Asti, aujourd’hui Castelnuovo Don Bosco. Issu d’une famille pauvre, orphelin à l’âge de 2 ans, il fut élevé par sa mère Marguerite, ainsi que son frère aîné Joseph et son demi frère Antoine.

Travaillant dur et ferme, il s’est préparé à la mission qui lui avait été indiquée dans un songe, alors qu’il avait à peine 9 ans, et qu’il s’est vu confirmer par la suite à maintes reprises, de manière extraordinaire.

Il a étudié à Chieri, tout en apprenant divers métiers. Il est ordonné prêtre à 26 ans. Arrivé à Turin, il est immédiatement frappé par le spectacle des enfants et des jeunes livrés à eux-mêmes, sans travail et sans guide. Il prend alors la décision de consacrer sa vie aux jeunes pour les sauver.

Débuts de l’œuvre

01Le 8 décembre 1841, dans l’église St François d’Assise, Don Bosco rencontrait un pauvre garçon, nommé Barthélemy Garelli, le premier d’une multitude de jeunes.

« Le 8 décembre 1841, je m’apprêtais à dire la messe. J’étais dans la sacristie de l’église St François d’Assise. Un gamin s’était caché dans un coin et regardait avec curiosité. Le sacristain lui demanda de me servir la messe. « Je ne sais pas » répondit-il.

Alors le sacristain le prit en chasse en le frappant à coups de plumeaux.   » Que faites-vous ? Pourquoi battre ainsi cet enfant ? Vous avez mal agi, c’est mon ami. Rappelez-le sur le champ, je dois lui parler. » L’enfant revint tout tremblant. Il ne pouvait pas savoir servir la messe, car il n’y avait jamais été ! Je lui proposais d’assister à la mienne. On parlerait ensuite.

Après la messe, on fit connaissance : il s’appelait Barthélemy Garelli, venait d’Asti, avait 16 ans, ses parents étaient morts, il ne savait ni lire ni écrire, n’avait pas de métier. Et à son âge, il n’osait pas aller au catéchisme. Je lui proposais de lui faire le catéchisme pour lui, et ses copains s’il en avait. La première leçon se réduisit au signe de croix. La semaine suivante, il revenait avec ses copains…

C’est ainsi que commence l’Oratoire, itinérant au début, puis, dès Pâques 1846, définitivement installé au Valdocco, faubourg malfamé, qui deviendra la maison mère de toutes les œuvres salésiennes.

Les garçons affluent par centaines : ils étudient et apprennent un métier dans les ateliers que Don Bosco a construit pour eux. En 1859, Don Bosco invite ses premiers collaborateurs à se joindre à lui dans la Congrégation Salésienne : ainsi, rapidement, devaient se multiplier partout des « oratoires » (centres de loisirs et de formation humaine et chrétienne pour les jeunes), des écoles professionnelles, des collèges, des centres de vocations (sacerdotales, religieuses, missionnaires), des paroisses, des centres en pays de mission… Ainsi, en 1875, son action déborde l’Italie, une première expédition missionnaire s’embarque pour l’Argentine, et les salésiens ouvrent leur première œuvre en France, à Nice.

Les filles et les laïcs aussi.

En 1872, Don Bosco fonde l’institut des Filles de Marie Auxiliatrice (Sœurs

Sainte Marie Dominique Mazzarello, Co-Fondatrice de l'Institut des Filles de Marie Auxiliatrice
Sainte Marie Dominique Mazzarello, Co-Fondatrice de l’Institut des Filles de Marie Auxiliatrice

salésiennes) qui travailleront pour les jeunes filles dans des œuvres variées, avec le même esprit et la même pédagogie. La cofondatrice et première supérieure a été Marie Dominique Mazzarello (1837-1881), canonisée par le pape Pie XII le 21 juin 1951.

Mais Don Bosco a su s’entourer de nombreux laïcs pour partager avec les Salésiens et les Salésiennes son projet éducatif. Dès 1869, il fondait l’Association des Coopérateurs, qui font partie à part entière de la Famille Salésienne, se mettant au service de l’Église à la manière de Don Bosco.

A 72 ans, épuisé par le travail, Don Bosco avait réalisé ce qu’il avait déclaré un jour : « J’ai promis à Dieu que tant qu’il me resterait un souffle de vie, ce serait pour mes chers enfants. » Il meurt à Turin, au Valdocco, à l’aube du 31 janvier 1888.

Béatifié le 2 juin 1929 et proclamé saint par le pape Pie XI, le dimanche de Pâques 1er avril 1934, Don Bosco est considéré, à juste titre, comme un des plus grands éducateurs.

Don Bosco apôtre des jeunes

Dès son enfance, Jean Bosco est un apôtre des jeunes, et il le sera toute sa vie, ayant créé en plus de ses œuvres, diverses associations à but apostolique.  A dix ans, le petit Jean regroupe autour de lui les meilleurs garçons de son village. Il leur raconte des histoires, et les encadre d’un signe de croix et d’un Je vous salue, Marie. Les jours de foire et de marché, il épiait les saltimbanques, et reproduisait leurs tours. Il donnait alors des représentations, précédées du chapelet, et de l’explication de l’évangile du dimanche précédent, et clôturées par une courte prière.

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Pendant ses années de scolarité à Chieri, il se constitue une bande de copains triés sur le volet au plan moral et religieux. Avec eux il forme la « Joyeuse Union ». Les statuts de la société se résumaient en 2 points : Chaque membre se propose d’éviter tout discours et toute action indigne d’un chrétien, et il se propose d’accomplir avec la plus grande exactitude tous ses devoirs scolaires ou religieux. En plus, chaque membre devait chercher tels livres, lancer tels jeux capables de créer de la joie dans le groupe !

Les associations à l’Oratoire

Dès 1847, Don Bosco a créé au Valdocco une « compagnie de St Louis de Gonzague ». Son but est d’enseigner aux jeunes à pratiquer les principales vertus les plus brillantes de ce saint. Beaucoup de jeunes y entrèrent, et il en résulta une très notable amélioration de la moralité dans la maison.

Une conférence de Saint Vincent de Paul exista aussi au Valdocco, avec succès. En particulier les jeunes du Valdocco s’occupaient de jeunes plus pauvres de leur quartier, veillant à leur éducation, les aidant dans leurs travaux scolaires et leurs problèmes matériels.

La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854 toucha profondément le jeune Dominique Savio, qui fonda avec le soutien de Don Bosco, la Compagnie de l’Immaculée. Les membres voulaient honorer Marie, observer rigoureusement le règlement de la maison et prendre soin de leurs camarades en les stimulant par leurs avis et leur exemple. S’adjoignit bientôt une Compagnie du Saint Sacrement, ayant pour but de développer le culte de l’eucharistie parmi les jeunes, les formant à la liturgie et appelant aux vocations sacerdotales.

Sur les dix membres fondateurs de la Compagnie de l’Immaculée huit devinrent prêtres dont sept furent les premiers religieux salésiens. Dominique Savio mourut trop tôt…mais fut canonisé.

Ces associations fonctionnèrent aussi dans les différentes œuvres salésiennes, y produisant des fruits de sainteté.


A travers son enfance on voit déjà la marque de ce qui va germer dans son œuvre. Il y reçoit une éducation chrétienne et sa joie d’aimer Dieu se communique à son prochain en conjuguant le jeu et la prière. Dans ce garçon de 10 ans, il y a déjà un grand équilibre, une grande mesure et une liberté extraordinaire.

L’éducation chrétienne conjuguée avec une éducation confrontée à la pauvreté et aux épreuves a certainement été un terrain favorable à cela.

J’en ai souvent fait l’expérience en Afrique. Dans les bidons-villes les jeunes sont à l’écoutent, sont heureux de connaître Dieu et vous suivent à l’église qui devient la Domus Christiana. Il y sont chez eux et y viennent tous les jours pour jouer, travailler et prier.

A contrario, il est plus difficile d’attirer des jeunes des milieux aisés car les centres d’intérêt ne sont plus les mêmes à cause du matérialisme, et de l’aspect du gain qui éloigne de Dieu car lorsqu’il n’est pas totalement absent, Il n’est plus le premier mouvement vers lequel on tend dans nos actions. Le respect humain prend la place de Dieu.

En France, comme en Europe où de plus en plus Dieu devient absent de la société, des structures diaboliques se mettent en place comme la perversité des mœurs, l’avortement, l’euthanasie, les jeux vidéo lorsqu’il y a accoutumance… L’homme devient son Dieu et en cela devient autiste en vivant dans sa bulle.

Il y a donc une grande urgence à revenir à un mode de vie plus simple et de transmettre par l’expérience de notre engagement l’amour de Dieu à nos enfants afin qu’ils puissent agir en invitant leurs camarades à aimer Dieu, à aimer Jésus, à aimer la très Sainte Vierge Marie.

Rappelez-vous le jeune Garelli : Il ne pouvait pas savoir servir la messe, car il n’y avait jamais été !

Quand on aime on veut montrer, on veut dire notre amour pour faire partager notre joie. On a jamais vu un fiancé caché sa fiancée !

Aujourd’hui Don Bosco est un saint très pertinent et très adapté à notre époque ou nous sommes confrontés à une grande misère spirituelle. Son œuvre nous invite à nous stimuler dans notre Foi afin de nous mettre sur la route de la perfection chrétienne. Comme le dit si admirablement Don Marmion, la perfection chrétienne nous met dans la « disposition intime de l’âme qui cherche à plaire au Père céleste en vivant habituellement et totalement selon le sens de la grâce d’adoption surnaturelle ». « La perfection a l’amour pour mobile habituel ; elle embrasse toute la vie, c’est-à-dire, qu’elle fait penser, vouloir, aimer, haïr, agir, non pas seulement selon les vues de la nature viciée par le péché originel, ni même seulement de la nature en tant qu’elle est elle même droite et morale, mais dans le sens de ce divin « surcroît » infusé par Dieu : à savoir la grâce, qui nous rend ses enfants et nous fait ses amis. Celui qui habituellement et totalement selon la grâce est seul parfait ; c’est un manque, en effet, une imperfection pour l’homme adopté comme enfant de Dieu, que de soustraire quelqu’un de ses actes à l’influence de la grâce et de la charité qui l’accompagne. Jésus nous a donné la devise de la perfection chrétienne : Il faut que je sois dans les choses de mon Père » St Luc II, 49. »

Il ne faut pas se voiler la face, sommes nous toujours dans ce tempo de la perfection chrétienne lorsque nous nous adressons à un confrère, à notre époux ou notre épouse, ou nos enfants ? Et enfonçons le clou, on peut dire aujourd’hui que dans toutes les communautés catholiques traditionnelles, nous avons notre lot de divorcés et parfois de familles recomposées. Quand des couples se disputent devant les enfants, quand les enfants s’habituent à voir leurs parents ne pas communier etc., nous avons un problème dans la transmission de la Foi parce que l’exemplarité est défectueuse. Le « fait ce que je te dis, mais fait pas comme moi » est un principe destructeur mais en aucun cas éducatif.

Il est aujourd’hui très important pour le prêtre d’être soit dans une communauté comme nous le sommes dans notre Institut par exemple, ou dans une famille sacerdotale en étant affilié à une communauté ou oblat dans une abbaye pour des prêtres diocésains par exemple. Ce que je dis pour le prêtre, je suis sûr que vous le comprenez et que devant les dangers du monde actuel, vous en sentez bien la nécessité pour vos prêtres.

Cependant, ce qui est valable pour le prêtre l’est aussi pour vous gens mariés ou célibataire. Pour consolider votre Foi vous avez besoin d’être soutenus par une communauté qui va vous porter dans la prière, vous aider à avancer dans votre vie spirituelle en touchant tous les aspects de ce que vous êtes. Par exemple, avec l’Institut du Christ Roi, basé à Montpellier au niveau du centre, de la base d’action, nous rayonnons aujourd’hui sur Montpellier, Béziers et Nîmes. Les activités que nous proposons partent donc de la base et si on vient à cette base on le fait comme le cerf qui va boire à la source. Nous avons besoin d’être régénéré. Dans le Psaume 41 (42) que nous chantons à l’Office de Sexte le mardi dès le verset 02 : Nous avons la recherche de Dieu, à l’image du cerf qui cherche à boire. Tout le psaume va relater cette quête de Dieu faite par l’homme lui-même, comparée à une « soif d’eau vive». « Comme le cerf soupire après les sources d’eau, ainsi mon âme soupire après toi, Ô Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant… »

La source doit être ouverte à tous et doit être accueillante comme le dit un de nos trois Saint Patron : Saint Benoît : « l’hôte doit être reçu comme le Christ. » Il nous faut accueillir le pèlerin et le pauvre avec la sollicitude la plus attentive. Le Saint Curé d’Ars aimait à raconter certains épisodes, assez fréquents dans la vie des saints. Par exemple l’histoire de Saint Jean de Dieu : « Apercevant soudain des cicatrices dans les pieds d’un malheureux qu’il secourait, et s’écriant : « C’est donc vous, Seigneur ! », le faisait à chaque fois fondre en larmes. » (Le curé d’Ars, Mgr Trochu, P545.)

Nous sommes tous des pèlerins mais vous êtes aussi tous des pauvres, bien souvent dans une grande solitude. Si le Seigneur nous dit « Va, ma grâce te suffit » 2 Corinthien XII, 9 ; Il nous dit aussi en Saint Jean : «  Sans moi vous ne pouvez rien faire ». St Jn XV, 5. Dieu nous a confié son Fils pour nous donner l’Église comme chemin du Salut pour nous conduire au Père.

L’Église est une famille qui vous reçoit le jour de votre baptême, qui vous accompagne le jour de votre première Communion, de votre profession de Foi, de votre confirmation, de votre mariage et de votre mort. Elle vous fortifie donc par la vie sacramentelle et la grâce. L’Église fait partie de votre vie et les communautés, les paroisses, les monastères permettent de donner une réalité physique et concrète à tout cela car nous sommes de la religion de l’Incarnation.

Le chrétien doit grandir avec ces structures, qui sont des structures éducatives car elles ont pour but de nous conduire à Dieu.

Par exemple, à l’Institut du Christ Roi basé à Montpellier on offre entre autre comme activité éducative l’école et le collège, le scoutisme et différentes activités davantage liées à la paroisse.

On va l’offrir avec ce que nous sommes comme communauté marquée par notre spiritualité mariale puisque nous sommes sous la protection de l’Immaculée Conception, bénédictine qui va nous donner le goût de la belle liturgie et de l’Office Divin qui caractérise notre vie de Chanoines, Thomiste pour les études et Salésienne pour l’aspect pédagogique.

02En vous apportant notre aide dans l’éducation de vos enfants par les structures qui sont les nôtres, elle s’inscrit dans la vie de l’Église qui a pour but de conduire vos enfants au Ciel, de leur donner le goût de Dieu et les sentiments que doit avoir le chrétien. Cette aide n’est pas une substitution de votre rôle de parents dans l’éducation de vos enfants, c’est une aide qui s’inscrit dans la vie de l’Église qui est la famille de Dieu dans laquelle nous sommes tous incorporés. Cette aide se vie dans un principe de subsidiarité c’est-à-dire qu’elle exige une complicité entre tous les agents éducateurs au service de l’enfant.

Cette complicité est importante pour que l’enfant grandisse dans une cohérence, une confiance qui l’aide à se construire pour devenir un tuteur capable de transmettre la vie et d’éduquer. De la part des agents éducateurs cela demande une grande souplesse entre eux et une confiance afin que soit respecté le principe de subsidiarité où chacun à sa place est soutenu dans la décision prise pour le bien de l’enfant. Soyons concret, lorsque l’enfant demande à Papa une permission ou autre chose qui ne lui est pas accordée et qu’il va voir Maman pour obtenir, tel un capricieux, ce qu’il veut, si la Maman ne va pas dans le sens du Père soit parce qu’elle pense : « mon pauvre chéri, papa est un peu dur, bien sûr que tu peux mais soit discret vis-à-vis de ton Père », soit parce que dans le couple, il n’y a pas de communications sur l’éducation des enfants et donc la Mère ne savait pas que le Père avait dit non. Dans les deux cas, l’autorité est défectueuse, il y a perte de cohérence et il y a trahison entre le Père et la Mère ce qui engendre pour l’enfant une blessure. La confiance et l’amour seront blessés.

Allons plus loin, ce qui est requis entre un Père et une Mère, l’est aussi avec tous les agents éducateurs.

Prenons le cas d’une école hors contrat où je mets mon enfant. Si un jour mon enfant est malade, comme parent je préviens le directeur, les professeurs et lorsque l’enfant est guéri et revient à l’école, les Maîtres lui souhaiteront bon accueil et ne l’interrogeront pas sur une leçon qu’il n’a pas pu apprendre mais inviteront l’enfant à écouter et prendront du temps pour le remettre à flot. Souvenons-nous de Barthélémy Barelli. Ce n’est pas le sacristain qui a raison mais Don Bosco qui prend du temps pour l’enfant.

A contrario, lorsque le professeur est contraint de mettre une mauvaise note ou prendre, en justice, une décision pour le bien de l’enfant qui peut être une colle, un renvoi ponctuel, un redoublement ou que sais-je encore, il devra être suivit par les parents. Les parents peuvent trouver que le professeur a exagéré et donc ils parleront au professeur dans un bon esprit afin que quoiqu’il advienne l’enfant reçoive un même son de cloche afin de préserver l’autorité et la confiance. Et dans ce même son de cloche, si je puis m’exprimer ainsi, il faudra prendre du temps pour expliquer à l’enfant le pourquoi de la chose afin qu’il comprenne et qu’il se corrige. L’enfant a toujours besoin de voir dans son éducateur la cohérence autorité-confiance pour voir en lui non une personne qui fait peur mais un ami qui l’aime, qui croit en lui pour le faire grandir. Le Christ fait comme cela avec nous, il nous fortifie par son amour en se donnant dans sa Sainte Eucharistie et il nous abreuve de miséricorde par le sacrement de la confession.

On est loin des coups de battons du sacristain chassant le pauvre Barthélémy.

On touche ici un point important de l’éducation de Don Bosco qui est sa fameuse méthode préventive qui s’oppose à la méthode répressive.

Il y a chez Don Bosco toute la pâte d’une âme forgée par l’esprit de Saint François de Sales si bien que sa manière de faire rend vivant la personne de notre Saint Patron que nous avons fêté le 29 janvier dernier, il y a juste deux jours.

Il faut que l’éducateur soit doux. Dans son introduction à la vie dévote saint François de Sales traite de la douceur envers le prochain, qu’il appelle : « la fleur de la charité ».

En effet : « celui qui est doux, écrit-il dans une de ses lettres, n’offense personne, supporte et endure volontiers ceux qui lui font du mal, enfin souffre patiemment les coups et ne rend pas mal pour mal. Le doux ne se trouble jamais, mais détrempe toutes ses paroles en l’humilité, vainquant le mal par le bien. »

Voyez-vous, ce n’est pas à l’enfant de recevoir des coups de battons mais à l’éducateur.

La douceur, néanmoins demande la pratique d’une certaine fermeté.

Au début de son épiscopat, pour couper court à de vaines querelles de préséance, il envoie ce billet au doyen du chapitre de Notre Dame d’Annecy :

« Monsieur le Doyen, Je veux absolument et sans réplique que vos chantres, le sous-diacre que vous me donnerez et l’encenseur soient des chanoines, nonobstant toutes vos coutumes, puisque ceux de mon Église sont de cette qualité-là. Je le commande à votre Chapitre et à vous, en vertu de la sainte obédience et sub poena excommunicationis latae sententiae. »

Les chanoines se sont empressés d’obéir et l’évêque n’aura jamais plus, à se départir de son sourire.

C’est la même fermeté qui dictera à l’évêque son choix, quand il devra pourvoir, au concours, à un bénéfice avec charges d’âmes. Il attribuera au mérite, jamais à la faveur.

Nous même, dans notre manière d’éduquer nous devons considérer que notre douceur, parce que vertu chrétienne, doit s’accompagner toujours de fermeté. Le plus souvent celle-ci s’enveloppe de suavité et échappe au regard superficiel ; à l’occasion, quand le devoir l’exige, elle seul apparaît.

Avec la méthode préventive, ont n’est pas dans une ambiance « bisounours » ou l’enfant est roi. Nous sommes au contraire dans une méthode qui apporte l’équilibre et qui demande que nous soyons nous même sur le chemin de la sainteté afin d’y conduire nos enfants qui ne nous appartienne pas mais qui sont dons de Dieu. L’éducateur est invité à participer à la pédagogie de Dieu sur sa créature car comme le dit Saint Augustin : « Dieu qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous ».

Nos enfants ne nous appartiennent pas mais sont dons de Dieu. Ce n’est pas facile pour une maman d’entendre cela. En effet, la maman porte son enfant pendant neuf mois comme Marie a porté l’Enfant-Jésus pendant neuf mois. Comme Marie, le ventre de la maman va devenir le tabernacle de la présence de ce don de Dieu. Comme Marie, la maman aura soin de son enfant et sera très sensible à tout ce qui le touche. Contrairement au papa, lorsque qu’un bébé pleure la nuit, la maman sera toujours en éveil. Comme Marie qui accompagne son Enfant en le conduisant aux portes de sa vie publique aux noces de Cana pour qu’Il puisse réaliser sa vocation, la maman conduira son fils à l’Autel pour qu’il prenne épouse en entendant ces paroles du Seigneur en Saint Matthieu, Ch.9 « N’avez-vous pas lu que celui qui fit l’homme au commencement, les créa homme et femme, et dit : A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair ?… »

Le rôle du père est important aussi dans l’éducation des enfants car comme le veut la longue tradition de l’Église, entaché il est vrai par le mouvement féministe de ses 50 dernières années, (je vous invite à lire l’article : la crise de l’homme par le Cardinal Burke à ce sujet) qu’à travers la grande dévotion à Saint Joseph l’accent soit mis sur le caractère viril de l’homme qui sacrifie sa vie pour l’amour de sa maison, qui se prépare à défendre avec chevalerie sa femme et ses enfants et qui travaille pour faire vivre sa famille. Le rôle du père et de la mère est très complémentaire et structurant pour l’enfant. C’est aux parents que revient la responsabilité de l’éducation des enfants et donc permettez-moi d’insister sur l’importance de votre sanctification. La sainteté conjugale est une œuvre complexe et difficile. Il faut en avoir conscience ce qui est déjà se mettre dans l’humilité. L’humilité permet d’entrée dans la voie de la perfection et là vient à vos esprit la première Béatitude : « Bienheureux les humbles, car c’est à eux qu’appartient le royaume des cieux » Matthieu V, 3.

Comme le fait remarquer l’abbé François Dantec, « Quand une âme a mesuré la 05grandeur et les exigences de la sainteté, et aussi la profondeur de sa misère, l’ampleur de ses limites et de son impuissance, il ne lui est plus possible de compter sur ses seules forces naturelles, sur ses seuls moyens humain. C’est du fond de notre misère que nous comprenons notre besoin de Dieu et la part primordiale de sa grâce dans l’œuvre de notre sainteté. » (Abbé Fr. Dantec Foyers rayonnants P 96.)

C’est en effet une des caractéristiques de la mentalité chrétienne qui consiste en une des vérités de notre foi que l’absolue nécessité de la grâce divine, mais aussi, pareillement, que l’absolue nécessité de l’effort, de la coopération personnelle de l’homme dans la réalisation de la sainteté nous soit indispensable pour avancer dans notre vie spirituelle afin d’être fidèle à notre vocation d’éducateur. Cela demanderait une autre conférence et je dois conclure en vous lisant cette belle lettre de Don Bosco que vous pourrez adapter selon votre état.

Mes très chers fils en Jésus-Christ,

Je disais que vous êtes l’unique et incessante pensée de mon âme. Or voici que l’un des derniers soirs, je m’étais retiré dans ma chambre, et, sur le point de me coucher, j’avais commencé à réciter les prières que m’apprit ma bonne maman, quand – je ne sais si je fus pris de sommeil ou emporté par une distraction – mais il me sembla que deux des anciens garçons de l’Oratoire se présentaient à moi.

L’un d’eux s’approcha et, me saluant affectueusement, me dit :

– Don Bosco ! Vous me connaissez ?

– Oui, que je te connais, répondis-je.

– Et vous vous souvenez de moi ? Poursuivit cet homme.

– De toi et de tous les autres. Tu es Valfrè, et tu étais à l’Oratoire avant 1870.

– Dites, continua l’homme, vous voulez voir les garçons qui étaient de mon temps à l’Oratoire ?

– Oui, montre-les-moi, répondis-je ; cela me fera grand plaisir.

Alors Valfrè me montra les garçons, tous avec le visage, la taille et l’âge de cette époque. Il me semblait être à l’Oratoire d’autrefois pendant la récréation. Tout était vie dans ce que je voyais, tout était mouvement, tout était joie. Qui courait, qui sautait, qui faisait sauter. Ici on jouait à la grenouille, là aux barres et au ballon. Ici un groupe de garçons s’était formé, pendu aux lèvres d’un prêtre qui racontait une histoire. Ailleurs un abbé jouait avec d’autres à pigeon vole et aux métiers. Partout des chants et des rires ; partout des abbés et des prêtres, et autour d’eux les garçons qui criaient joyeusement. La plus grande cordialité et la plus grande confiance régnaient visiblement entre les garçons et leurs supérieurs. J’étais ravi par ce spectacle, et Valfrè me dit :

« – Vois, la « familiarité » produit l’affection, et l’affection engendre la confiance. Voilà ce qui ouvre les cœurs ; les garçons exposent tout sans crainte aux professeurs, aux assistants et aux supérieurs. Ils deviennent francs en confession et ailleurs ; ils se soumettent avec docilité à tous les ordres de quelqu’un dont ils sont sûrs d’être aimés. »

C’est alors que mon deuxième ancien élève qui avait la barbe toute blanche, s’approcha de moi. Celui-là, c’était Joseph Buzzetti. Il me dit :

– Don Bosco, voulez-vous maintenant connaître et voir les garçons qui sont actuellement à l’Oratoire ?

– Oui, répondis-je, car il y a déjà un mois que je ne les vois plus !

Et il me les montra : je vis l’Oratoire et je vous vis tous en récréation. Mais je n’entendais plus ni cris de joie, ni chansons ; je ne voyais plus le mouvement et la vie de la scène précédente. On lisait dans les gestes et sur le visage de beaucoup de jeunes un ennui, une lassitude, une mauvaise humeur, une méfiance qui me faisaient mal au cœur…

– Vous avez vu vos jeunes ? Me dit l’ancien élève.

– Je les vois, répondis-je en soupirant.

– Quelle différence avec nous autrefois ! S’exclama-t-il.

– Hélas ! Quelle mollesse dans cette récréation !

– C’est de là que provient la froideur de beaucoup quand ils s’approchent des sacrements, leur négligence des pratiques de piété, à l’église et ailleurs, et leur peu d’enthousiasme à demeurer en un lieu où la divine Providence les comble de tous les biens du corps, de l’âme et de l’intelligence. C’est pour cela que beaucoup ne suivent pas leur vocation ; de là, leurs ingratitudes envers leurs supérieurs ; de là les conciliabules, les critiques et toutes les autres conséquences déplorables de cet état de choses.

– Je comprends, je saisis, répondis-je. Mais comment redonner vie à mes chers garçons, pour qu’ils retrouvent leur vivacité d’autrefois, leur allégresse, leur exubérance ?

– Par la charité !

– Par la charité ? Mais mes garçons ne sont-ils pas assez aimés ? Tu sais, toi, si je les aime. Tu sais ce que j’ai enduré et supporté pendant une bonne quarantaine d’années et ce que j’endure et supporte maintenant. Que de fatigues, que d’humiliations, que d’oppositions, que de persécutions pour leur donner du pain, une maison, des maîtres et surtout pour assurer le salut de leurs âmes. J’ai fait tout ce que j’ai su et tout ce que j’ai pu pour eux, ils sont l’amour de toute ma vie.

– Je ne parle pas de vous !

– Et de qui alors ? De ceux qui me remplacent ? Des directeurs, des préfets, des professeurs, des assistants ? Tu ne vois pas qu’ils sont martyrs de l’étude et du travail ? Qu’ils consument leurs jeunes années au service de ceux que la divine Providence leur a confiés ?

– Je vois, je sais. Mais c’est insuffisant : il manque le meilleur.

– Quoi donc ?

– Que non seulement les garçons soient aimés, mais qu’ils se sachent aimés.

– Ils n’ont donc pas d’yeux sur la tête. Ils ne comprennent donc pas ? Ils ne voient pas que c’est uniquement par amour que l’on se dépense pour eux ?

– Non, je le répète, c’est insuffisant.

– Que veut-on alors ?

– Qu’ils soient aimés en ce qui leur plaît, que l’on s’adapte à leurs goûts de jeunes garçons, et qu’ils apprennent ainsi à découvrir l’amour en des choses qui naturellement ne leur plaisent guère, telles que la discipline, l’étude, la mortification personnelle ; et qu’ils apprennent à les faire avec élan et amour.

– Explique-toi mieux.

– Regardez les garçons en récréation.

Je regardai et répliquai :

– Et qu’est-ce qu’il y a de spécial à voir ?

– Il y a tant d’années que vous formez des jeunes et vous ne comprenez pas ?  Regardez mieux ! Où sont nos salésiens ?

Je regardai et je vis que bien peu de prêtres et d’abbés se mêlaient aux enfants, et que moins encore participaient à leurs jeux…

Mon ami reprit alors :

– Aux temps anciens de l’Oratoire, n’étiez-vous pas toujours au milieu des garçons, surtout pendant les récréations ? Vous vous rappelez ces belles années ? C’était un paradis, une période dont nous gardons toujours un souvenir ému, parce que l’affection nous tenait lieu de règlement ; nous n’avions aucun secret pour vous.

– Certainement ! Et alors tout était joie pour moi, mes jeunes se précipitaient pour s’approcher de moi et me parler ; et ils avaient soif d’entendre mes conseils et de les mettre en pratique. Mais maintenant vois comme les audiences incessantes, les affaires multiples et l’état de ma santé me l’interdisent.

– D’accord ; mais si cela vous est impossible à vous, pourquoi vos salésiens ne vous imitent-ils pas ? Pourquoi ne pas insister, ne pas exiger qu’ils se comportent avec les garçons comme vous le faisiez, vous ?

– Je parle, je m’époumone ; mais malheureusement, beaucoup ne se sentent plus la force de supporter les fatigues d’autrefois.

– Et c’est ainsi que, négligeant le moins, ils perdent le plus ; et ce plus ce sont leurs fatigues. Qu’ils aiment ce qui plaît aux garçons et les garçons aimeront ce qui plaît à leurs supérieurs. Alors la fatigue leur sera douce.

La cause du changement actuel de l’Oratoire, c’est qu’un certain nombre de garçons n’ont pas confiance en leurs supérieurs. Jadis les cœurs leur étaient grands ouverts ; les enfants les aimaient et leur obéissaient immédiatement. Maintenant, les supérieurs sont considérés comme des supérieurs, et non plus comme des pères, des frères et des amis ; ils sont craints et peu aimés. Si l’on veut donc former un seul cœur et une seule âme, pour l’amour de Jésus, il faut démolir cette fatale barrière de méfiance et lui substituer une confiance cordiale. Que l’obéissance guide l’élève comme la mère guide son petit enfant. Alors la paix et la joie d’autrefois régneront à l’Oratoire.

– Mais comment s’y prendre pour briser cette barrière ?

– « Familiarité » (esprit de famille) avec les jeunes surtouts en récréation. Sans « familiarité », l’affection ne se prouve pas, et sans cette preuve il ne peut y avoir de confiance. Qui veut être aimé doit montrer qu’il aime. Jésus-Christ se fit petit avec les petits et porta nos faiblesses. Voilà le maître de la « familiarité » ! Le professeur que l’on ne voit qu’au bureau est professeur et rien de plus ; mais, s’il partage la récréation des jeunes, il devient comme un frère.

Votre très affectionné en Jésus-Christ

Jean Bosco, prêtre

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2 réflexions sur “ L’esprit de Saint Jean Bosco dans l’éducation ”

  1. bonjour a toute la communauté je tiens tout d’abords à vous remercier pour tous les enseignements que vous nous apporter car elles nous aide a évoluer dans la crainte de Dieu. Grande sera ,ma joie si vous devenez mes pères spirituels je ne vous le cacherais pas je suis moi même PRÊTRE et je tiens a remplire ma missions en respectant la loi de Dieu car en latin on dit qui vie Dieu doit vivre la règle et qui vie la règle vie Dieu
    Père Bernard marie depuis le Cameroun.

    1. Merci mon Père pour vos encouragements. Je vais bien prier pour vous. Je suis sensible à ce que vous soyez un prêtre Africain car j’ai été 6 ans au Gabon. À cette époque, j’ai participé avec ma paroisse à accueillir le Pape Benoît XVI dans votre pays. Beaucoup de grâces. J’ai aussi un grand oncle qui a été missionnaire au Cameroun. Chanoine de Ternay

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