Sainte Eugénie ou Sainte Philomène ?

Exposée dans ce beau gisant à l’entrée du Chœur, une sainte s’offre à notre dévotion. Mais qui est-elle vraiment ? Serait-ce Sainte Eugénie, comme il est souvent coutume de le dire, ou bien Sainte Philomène, la « petite Sainte du Curé d’Ars » ?

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Les symboles

Sainte Eugénie de RomeCe sont les symboles, qui souvent nous aident à identifier les martyrs. Nous l’avons vu précédemment (Cf. bulletins N°3, 4 et 5), Sainte Eugénie fut une martyre du deuxième siècle. Fuyant les persécutions, elle entra au monastère après s’être déguisée en homme et fut martyrisée. Elle fût jetée dans le Tibre avec une lourde pierre autour du cou, fût brûlée vive, affamée… Toujours sauvée par de saints anges, elle fût finalement décapitée. Les symboles représentant donc la Sainte sont : l’habit monastique, une grosse pierre et une hache.

Hors nous le voyons bien, la Sainte qui gît au pied de l’Autel, est une jeune fille à la belle chevelure, couronnée d’un diadème, vêtue d’une belle robe. Ni la hache, ni l’habit monastique, ni la roue, symboles de Sainte Eugénie, ne sont ici représentés. Il ne s’agit donc pas de Sainte Eugénie.

Quels sont donc les symboles ici représentés ? La Sainte, dans sa main gauche, tient une palme et une fleur de lys. Dans sa main droite, une ancre et une flèche. Ces deux derniers symboles nous apportent une réponse précise ; dans toute l’iconographie chrétienne, l’ancre et la flèche associées ensemble sont représentatives d’une seule Sainte : Sainte Philomène !

Sa découverte

Sainte Philomène n’aura été découverte que tardivement, en 1802, lorsque des fouilles dans la catacombe de Priscille à Rome furent effectuées. Deux prêtres et quelques ouvriers, trouvèrent trois plaques comportant les inscriptions tuilessuivantes : Lumena | Pax Te | cum Fi, et, gravés dessus, une palme, une ancre, des flèches et une fleur de lys. Ce n’est que difficilement que le prêtre, Dom Ludovici, arrive à déchiffrer l’inscription, car en effet, la première plaque aurait du se trouver en dernière position, de manière à pouvoir y lire « Pax Tecum Filomena » (Paix avec toi, Philomène).

Une fois la fragile cloison enlevée avec douceur, les restes de la martyre apparurent, étendus dans une niche. Tous s’étant mis à genoux, ils récitèrent les psaumes et oraisons prescrits pour l’invention des martyrs. Ce fut là le premier hommage rendu à la Sainte, qui attendit pendant dix-sept siècles dans le silence de la froide catacombe qu’on vint enfin la porter sur les autels, aux côtés de ses compagnons et de ses compagnes de martyre, tous comme elle enfants de la primitive Église.

Qui est-elle ?

Nous ne savons pas grand-chose de cette Sainte. L’étude des restes présent dans la sépulture (une fiole de sang séché, quelques os et son crane fracturé) permit seulement de définir son âge : entre treize et quinze ans.

Le récit de son martyre fût composé par Francisco di Lucia, Chanoine de l’église de Mugnano, qui se fonda sur les révélations privées qu’aurait fait la sainte à une religieuse de Naples. Voici ce récit :

Philomène était la fille d’un prince qui gouvernait un petit État de la Grèce. Sa mère était aussi de sang royal. Comme ils étaient sans enfants et tous deux encore idolâtres, pour en obtenir, ils offraient continuellement des prières et des sacrifices à leurs faux dieux. Un docteur romain, nommé Publius professait le christianisme. Voyant l’affliction des parents, ému par leur aveuglement, il leur parla de la foi et les assura que leurs prières seraient entendues s’ils embrassaient la religion chrétienne. La grâce qui accompagnait ses paroles toucha leur cœur et éclaira leur esprit et ils reçurent le sacrement de baptême.

Philomène est née au début de l’année suivante, un 10 janvier, et à sa naissance, ils lui donnèrent le nom de  »Lumena ». Le jour de son baptême, ils la nommèrent  »Philomena », c’est-à-dire  »Amie de la lumière » qui illuminait son âme par la grâce de ce sacrement. […] Ils l’emmenèrent à Rome avec eux à l’occasion d’un voyage que son père devait faire en raison d’une guerre injuste menée par l’arrogant Dioclétien. Elle avait treize ans. Tandis que son père plaidait sa cause, l’Empereur décida d’un traité de paix à la condition d’obtenir la main de la jolie Philomène. Le marché fut donc conclu entre eux.

L’Empereur, fit tout en son pouvoir pour gagner la jolie Philomène, qui se refusait à lui. Influencé par le démon de l’impureté, il la fit jeter dans les prisons de son palais où on la chargea de chaînes.

Il vint la voir chaque jour pour renouveler ses attaques dont certaines, sans la grâce de Dieu, auraient été fatales à sa pureté. Les échecs qu’il continua de rencontrer furent pour Philomène le prélude à de nouvelles tortures, mais la prière la soutenait. Elle ne cessait de se recommander à Jésus et à sa Mère très pure. Sa captivité durait depuis trente-sept jours lorsque, au milieu d’une lumière céleste, elle vit Marie tenant son divin Fils dans ses bras.  »Ma fille », lui dit-elle,  »encore trois jours de prison et, après quarante jours, tu sortiras de cet état de douleur ».

L’Empereur, désespéré, eut alors recours à la torture pour la terrifier et l’emmener à rompre son vœu avec le Ciel. Il ordonna qu’on l’attache à un pilier pour être fouettée sans merci. Le tyran, la voyant toujours aussi déterminée, bien qu’elle ne soit qu’une plaie béante, ordonna qu’on la ramène en prison pour y mourir ste_philomene_ancre_angesdans les souffrances. C’est alors que deux anges brillants apparurent et versèrent un baume céleste sur ses plaies et elle fut guérie. Le lendemain matin, l’Empereur fut surpris en apprenant la nouvelle. Fou de rage, il ordonna qu’on lui attache au cou une ancre de fer et qu’on la précipite dans le Tibre. Mais Jésus, pour montrer Son pouvoir et confondre les faux dieux, envoya deux anges pour l’aider. Ils coupèrent la corde et l’ancre tomba dans la rivière où elle demeura enfoncée dans la boue. Ils la déposèrent ensuite sur la rive sans qu’une seule goutte d’eau ait mouillé ses vêtements.

Dioclétien ordonna qu’on la transperce de flèches. Mortellement blessée et sur le point de mourir, on la jeta à nouveau en prison où le Tout-puissant la fit tomber dans un sommeil paisible dont elle se réveilla plus belle qu’auparavant. Ce nouveau miracle mit l’Empereur dans une fureur telle qu’il donna l’ordre de répéter cette torture jusqu’à ce que mort s’en suive. Mais les flèches refusèrent de quitter les arcs. Par crainte de conséquences plus sérieuses, le tyran donna l’ordre de lui couper la tête. Son âme, glorieuse et triomphante monta vers le Ciel où elle reçut la couronne de virginité qu’elle avait méritée par tant de victoires. Il était trois heures de l’après-midi, un 10 août, qui était un vendredi.

Voilà pourquoi Notre-Seigneur a voulu que Son corps soit ramené à Mugnano un dix août, et pourquoi Il accomplit tant de miracles en cette occasion.

Le culte de Sainte Philomène

st_cure_ars_ste_philomeneEn 1837, le Pape Grégoire XVI autorise le culte public de la sainte, d’abord pour le sanctuaire de Mugnano, puis pour le diocèse de Naples. Avec les indults nécessaires, la permission est accordée à la paroisse d’Ars, à la grande joie de Jean-Marie Vianney. En 1855, une Messe et un Office propres sont approuvés par le bienheureux Pie IX, qui se rend lui-même au Sanctuaire de Mugnano. Léon XIII et saint Pie X témoignent aussi publiquement de leur dévotion envers elle.

C’est en 1961, sous Saint Jean XXIII que la sainte sera « descendue des Autels » et rayée du calendrier liturgique. Cette instruction de la Sacré Congrégation des Rite n’enlève cependant rien à la Sainteté de la vierge martyre et n’interdit en aucune façon sa dévotion privée envers elle.

Comme le disait Saint Pie X : « Ah ! Sainte Philomène ! Je suis bien attristé par ce que l’on écrit à son sujet. Est-ce possible de voir de telles choses ? Comment ne voient-ils pas que le grand argument en faveur du culte de sainte Philomène, c’est le Curé d’Ars ? Par elle, en son nom, au moyen de son intercession, il a obtenu d’innombrables grâces, de continuels prodiges. Sa dévotion envers elle était bien connue de tous, il la recommandait sans cesse… » Et au fond, c’est bien cela le plus important !

J.G

Prière en l’honneur de Sainte Philomène,
Par le Frère Maximilien-Marie du Sacré-Coeur

Sainte Philomène, glorieuse vierge et invincible martyre, vous qui avez enduré sans faiblir de nombreux et terribles tourments, et qui avez préféré répandre votre sang plutôt que de renier la Foi véritable et l’Amour du Christ notre divin Rédempteur, obtenez à ceux qui vous invoquent avec confiance une Foi plus vive, une Espérance plus ferme et une plus ardente Charité.

Daignez intercéder pour moi et me procurer aide et assistance dans les nécessités de cette vie. Je vous prie en particulier de m’obtenir la grâce de …… si cette requête est conforme au bien de mon âme et contribue à la gloire de Dieu.
Je vous demande votre secours et l’appui de vos prières pour que, servant Notre-Seigneur Jésus-Christ avec toujours plus de fidélité en cette vie passagère, et soutenu par votre assistance à l’heure de la mort, je puisse, auprès de vous, de Notre-Dame et de tous les Saints, avoir le bonheur de Le contempler, de Le louer et de L’aimer pour toute l’éternité.

Ainsi soit-il.

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