Les béatitudes

Le-Sermon-sur-la-montagne-par-Cosimo-Rosselli-Chapelle-Sixtine-VaticanSermon pour la fête de la Toussaint, le 1 Novembre 2014 par le Chanoine Thibaut de Ternay.


La fête de la Toussaint nous autorise à contempler le Ciel qui s’ouvre pour nous laisser voir tel un feu d’artifice l’activité des anges et des saints dans la gloire de Dieu Trinité.

Pour y tendre le Seigneur nous invite à prendre une échelle et à gravir échelon par échelon les degrés de perfection qui nous conduiront au Ciel. Cette échelle de valeur nous rappelle celle de Jacob qui en quelque sorte en préfigure une autre, celle du sermon sur la montagne avec les béatitudes.

 Saint Augustin nous dit :

 « Un corps, en vertu de son poids, tend à son lieu propre.
Le poids ne va pas forcément en bas mais au lieu propre.
Le feu tend vers le haut, la pierre vers le bas :
Ils sont menés par leur poids, ils s’en vont à leur lieu.
L’huile versée sous l’eau s’élève au-dessus de l’eau ;
L’eau versée sur l’huile s’enfonce au-dessous de l’huile :
Ils sont menés par leur poids, ils s’en vont à leur lieu.
S’il n’est pas à sa place, un être est sans repos:
Qu’on le mette à sa place et il est en repos.
 
Mon poids, c’est mon amour;
C’est lui qui m’emporte où qu’il m’emporte.
Le don de toi nous enflamme et nous emporte en haut ;
Il nous embrase et nous partons
Nous montons les montées qui sont dans notre cœur
Et nous chantons le cantique des degrés. »
(Les Confessions, XIII, ix, 10)

A notre tour de monter les degrés ou les échelons jusqu’au sommet du Ciel.

« Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux » (Mt 5, 3)

 Il s’agit ici de prendre conscience d’avoir un trésor à notre portée et de mettre tout en œuvre pour le découvrir et le posséder en utilisant les outils que nous offre l’Église à travers la vie de la grâce et des sacrements. Voilà le trésor, mes amis, dont parle l’Écriture, mais la richesse se cache dans l’obscurité. Si nous aspirons à posséder l’or incorruptible, joignons les mains dans la prière, pour que le trésor se dévoile à nous : nous nous partagerons la découverte et chacun le possédera tout entier… » nous dit St Grégoire de Nysse.

« Bienheureux les doux, parce qu’ils auront la terre en héritage. » (Mt 5, 4)

 La douceur n’est pas semblable à l’indolence ou à la mollesse, mais la douceur évangélique est une montée qui s’oppose surtout à la chute vertigineuse et pernicieuse de celui qui glisse sur la pente du vice. C’est le contraire de l’impassibilité, la douceur évangélique que nous devons conquérir doit s’exercer avec passion mais une passion en Dieu rendu possible par les moyens que nous mettons en œuvre pour le trésor de la première béatitude.

« Bienheureux ceux qui pleurent parce qu’ils seront consolés. » (Mt 5, 5)

 Ce ne sont pas les larmes que le Verbe appelle bienheureuses mais la connaissance du bien et la douceur de se savoir priver de ce qu’on cherche.

 Le chrétien est comme un chercheur d’or, il recherche Dieu dans la mesure où il ne Le voit pas encore bien qu’il en ait une certaine appréhension. Plus l’âme s’approche de son Dieu plus il y a une tristesse bienheureuse non qu’elle le soit en elle-même mais à cause de cette privation passagère. La terre n’est pas au ciel mais elle nous y conduit.

Nous pouvons fusionner l’âme avec Dieu par la pratique du jeûne, en effet cette pratique nous aide à nous détacher de nous même et à faire fuir les démons.

 Nous sommes toujours dans cette confiance que notre recherche sera consolée:

« Demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvre. Quel est d’entre vous l’homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ? Ou encore, s’il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient! » nous dit Saint Matthieu (Mt 7, 7- 11).

« Heureux ceux ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés.  » (Mt 5, 6)

 Quelle est donc cette justice qui concerne tous les hommes ? C’est celle que tout homme peut désirer, quand il tourne ses regards vers la table de l’évangile : riche ou pauvre, serviteur ou maître, aucune situation n’accroît ni ne diminue la vraie justice.

Divers et variés sont les objets qui s’offrent à nous et exercent une attraction sur notre nature. Il nous faut beaucoup de discernement pour distinguer les aliments qui sont utiles de ceux qui nous sont nocifs, et éviter de prendre comme nourriture pour notre âme ce qui lui apporte mort et ruine, au lieu de la vie. Saint Grégoire de Nysse nous dit : « Si Jésus a eu faim, la faim peut être un bien, quand nous l’éprouvons comme lui. Si nous savons ce dont le Seigneur a faim, nous connaîtrons clairement la portée de cette béatitude qui nous est proposée maintenant. [ … ] De quoi s’agit-il ? Il nous faut avoir faim de notre propre salut. Comment entretenir en nous une pareille faim ? La Béatitude nous l’apprend :

 Celui qui désire la justice de Dieu a trouvé ce qui constitue le véritable désir. […] Le désir de nourriture et le désir de boisson sont semblables, il existe pourtant une différence entre les deux. Aussi le Verbe nous prescrit-il d’aspirer au bien suprême, il qualifie d’heureux celui qui éprouve à la fois la faim et la soif de justice, parce que l’objet de notre désir est à même de satisfaire cette double aspiration. [ … ] Quand donc le Verbe dit que la justice est le fait de ceux qui ont une faim bienheureuse, il veut désigner toute espèce de vertu, il appelle également bienheureux celui qui a faim de frugalité, de courage, de sagesse et de tout ce qui contient le mot de vertu ».

 Si la justice exclut tout ce qui est mauvais, elle comprend tout ce qui est bien.

 Or le bien comporte tout ce qui est conforme à la vertu. La justice désigne donc toute forme de vertu, quand le Verbe appelle bienheureux ceux qui ont faim et soif et leur promet le rassasiement. Le Seigneur nous apprend cette vérité merveilleuse : Seule la vertu demeure et rassasie. La possession de la vertu, par contre, une fois solidement établie, n’est ni limitée dans le temps, ni bornée par la satiété. A ceux qui règlent leur vie sur elle, elle apporte une sensation pure, sans cesse nouvelle, pleine et profonde, des joies qu’elle fournit. Voilà pourquoi Dieu, le Verbe, permet l’apaisement de leurs désirs à ceux qui ont cette faim-là, un apaisement qui avive la flamme du désir au lieu de l’étouffer

« Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde. » (Mt 5, 7)

 La progression des béatitudes, les unes par rapport aux autres, nous prépare à nous approcher de Dieu, le bienheureux par excellence fondement de toute béatitude.

Comme nous approchons de la sagesse par ce qui est sage, de la pureté par ce qui est pur, nous nous unissons au Bienheureux par la voie des béatitudes. Or la béatitude appartient véritablement en propre à Dieu. Voilà pourquoi Jacob a dit que Dieu se dresse en quelque sorte au sommet de l’échelle. La participation aux béatitudes n’est donc rien d’autre que la communion avec la divinité, à laquelle le Seigneur nous conduit par ses paroles.

Dans cette communion nous sommes appelés à avoir envers l’autre l’attitude du Christ envers nous. Parfois nous avons des regards durs envers la personne d’une autre condition sociale que la nôtre. Il ya souvent trop de mondanité dans nos relations à l’autre. On devrait dire de chacun de nous dette phrase du paysan envers son maître: « Ah ce Monsieur, il n’est pas fier » ce qui veut dire qu’il est bon, juste, compatissant en un mot miséricordieux tout en restant lui-même. Dieu nous aime comme cela ! Aimons les autres ainsi mes amis !

« Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8)

 Le Seigneur dit que notre joie pour nous n’est pas d’entrevoir Dieu, mais de le posséder en nous-mêmes. Je ne crois pas que Dieu se livre face à face au regard de celui qui s’est purifié. Cette formule magnifique nous suggère peut-être ce qu’une autre parole exprime en termes plus clairs: « Le royaume de Dieu est au- dedans de vous. » (Le 17, 21). Par là, nous apprenons qu’avec un cœur purifié de toute créature et de tout sentiment charnel, nous voyons dans notre propre beauté l’image de la nature divine. En cette brève formule, le Verbe lance un grandiose appel : « Vous qui aspirez à voir le Bien véritable, lorsqu’on vous dit que la grandeur de Dieu trône au-dessus des cieux, que sa gloire est inexprimable et sa beauté sans nom, que sa nature est infinie, ne tombez pas dans le désespoir, en pensant que vous ne pourrez contempler celui que vous cherchez. » Il est en nous, dans une certaine mesure, une aptitude à voir Dieu : en nous créant, Dieu a enfermé en nous l’ombre de sa propre bonté, ainsi que l’on imprime le dessin d’un cachet dans la cire. Mais le péché a dissimulé l’empreinte de Dieu et ce bien est devenu sans profit, caché sous des voiles souillés. Effaçons-nous, en vivant dans le bien, la tache qui salit notre cœur ? Nous sommes comme une pièce de fer : sous la pierre à aiguiser, la rouille disparaît ; elle était noire, voilà qu’elle reflète l’éclat du soleil et brille à son tour. Comme elle, l’homme intérieur, le cœur, une fois débarrassé de la rouille qui tachait sa beauté, retrouvera l’image première et sera bon. Rien ne peut ressembler au bien sans être bon. Ainsi l’homme, en se regardant, verra en lui celui qu’il cherche.

« Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de 1 Dieu » (Mt 5, 9)

 Ce que cette béatitude veut montrer est plus grand que ce que disent ces mots : le succès surpasse le souhait, le don surpasse l’espérance, la grâce surpasse la nature.

Comprenons bien, pour commencer, la signification de « ils seront appelés fils de Dieu » : il ne s’agit pas d’évoquer par là une quelconque « rumeur publique » qui tendrait à donner ce nom à ceux qui sont artisans de paix. Il faut prendre le mot « appelés » au sens fort, comme toujours quand il s’agit de Dieu, selon ce sens qu’on évoque à travers le mot « vocation ». On doit comprendre : ceux qui sont artisans de paix ont vocation de fils de Dieu ; ils sont appelés par Dieu à être fils ! Certes, l’homme garde toujours sa liberté de dire « non », mais voilà une demande de Dieu qui le bouleverse, qui change tout le cours de sa vie : Dieu nous appelle, et nous appelle à la plus grande chose : devenir ses fils… Cette montée de l’échelle, de béatitude en béatitude, nous a fait parvenir à cette joie que nous ne pouvions imaginer en commençant à franchir les échelons : devenir fils !

 Quand nous récitons cette prière que Jésus a donnée à ses disciples, celle que nous nommons par ses premiers mots le « Notre Père », nous reconnaissons alors que nous entrons dans cet amour infini du Père, mais avec tous les autres hommes qui comme nous répondent « oui » à l’appel de Dieu: nous disons bien « Notre Père », mais non pas « mon Père » ! Cyprien de Carthage au IIIe siècle écrivait :

 « Avant toutes choses, le Dieu qui nous a si fortement recommandé la paix et l’unité n’a pas voulu que nos prières eussent un caractère personnel et égoïste ; il n’a pas voulu, quand nous prions, que nous ne pensions qu’à nous-mêmes. Nous ne disons pas : mon père qui est dans les cieux, donne-moi aujourd’hui le pain dont j’ai besoin. Nous ne demandons pas seulement pour nous-mêmes le pardon de nos fautes, l’exemption de toute tentation et la délivrance du mal. Notre prière est publique et commune, et quand nous prions, nous ne pensons pas seulement à nous, mais à tout le peuple ; car tout le peuple chrétien ne forme qu’un seul corps. Le Dieu qui nous a enseigné la paix, la concorde et l’unité veut que notre prière embrasse tous nos frères, comme il nous a tous portés lui-même dans son sein paternel. » (De l’oraison dominicale, 2).

 « Jusqu’où va la bienveillance du Seigneur, jusqu’où s’étend l’abondance de sa complaisance et de sa bonté, pour qu’il ait voulu que nous prononcions sous le regard de Dieu une prière qui nous fait donner à Dieu le nom de père, et que, comme le Christ est fils de Dieu, nous aussi nous soyons appelés fils de Dieu ! » (De l’oraison dominicale, 3).

« Heureux les persécutés pour la Justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt S, 10)

 Avec cette béatitude, nous sommes arrivés au plus haut point : et c’est alors Dieu lui-même qui nous donne tout, parce qu’il se donne lui-même. Sommes- nous prêts à recevoir cet amour infini ? Maintenant que nous sommes devenus fils de Dieu – ce qui pouvait nous sembler impossible au début de la montée, il nous est dit que le Royaume du Père nous appartient. Pour gagner cela, il nous a fallu franchir bien des échelons et finalement le dernier : donner notre vie (« être persécutés pour la justice »). Tous ne sont pas appelés à donner leur sang comme ces chrétiens persécutés encore aujourd’hui dans le monde notamment au moyen Orient, mais tous sont appelés à donner leur vie, c’est-à- dire à aimer sans limites, jusqu’à l’extrême… y compris ceux qu’ils appellent leurs ennemis. C’est ce qu’a fait Jésus, le Christ, nous ouvrant le chemin. Oui, il a donné sa vie sur la Croix pour que toute justice advienne et pour que tous soient sauvés. Préoccupons-nous moins de notre propre salut que du salut de tous… et particulièrement de ceux que nous considérons parfois avec satisfaction comme mauvais et pas digne de notre amitié. Qu’en savons-nous ? Que faisons-nous pour leur bien, pour que tout bien leur arrive ?

Ainsi soit-il

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit

Ainsi soit-il

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