Mgr Plantier – Son arrivée à Nîmes

d’après « Vie de sa grandeur Mgr Plantier, Evêque de Nîmes », par l’abbé Clastron.


mgr-plantierC’est le jeudi matin, 29 novembre 1855, que Mgr Plantier fit son entrée solennelle dans sa ville épiscopale. Le Prélat fut reçu devant la gare, sous un arc de triomphe richement décoré. M. Pérouse, maire de Nîmes, lui offrit les hommages de la cité, dans un langage qui faisait honneur à sa foi autant qu’à sa charge. Les vicaires capitulaires s’approchèrent ensuite pour remettre dans ses mains l’administration du diocèse. La procession commença ; le nombre des prêtres et des fidèles qui la suivaient était si considérable qu’on ne put arriver à la cathédrale que deux heures après. L’évêque s’avançait sous un dais magnifique, bénissant la population, dont les rangs se pressaient le long des boulevards; l’escorte d’honneur était formée par la cour en robe, les autorités civiles et militaires, et une masse compacte d’hommes appartenant à toutes les classes de la société.

Sur le seuil de la cathédrale, le doyen du Chapitre, M. le chanoine de Tessan, se fit l’interprète des vœux du clergé et des fidèles…

« Vous prenez possession d’un troupeau que vous connaissez à peine, dit-il au nouveau Pontife, et volontiers vous demanderiez, comme le divin Maître à ses apôtres : qu’est-ce que les hommes de ce diocèse disent de moi ? Qiiem dicunthomines esse Filium hominis ? Eh bien ! Monseigneur, je ne pourrais vous donner une autre réponse que celle que firent les disciples à Notre-Seigneur : alii Joannem Baptistam : les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste par l’esprit de retraite et de pénitence. Alii Eliam : d’autres disent que vous êtes un Elie par le don de prière et le zèle pour la gloire de Dieu. Alix Jeremiam : ceux-ci que vous êtes un Jérémie par l’amour de vos frères. Aut unum ex Prophetis : ceux-là enfin que vous êtes un de ces hommes voués à la contemplation des choses divines, puissants en oeuvres et en paroles, éclairés sur l’avenir, et qu’on appelle Prophètes. Et si vous me demandez, toujours à l’exemple de ce bon Sauveur : mais vous, prêtres de l’Église de Nîmes, qui dites-vous que je suis : vos autem quem me esse dicitis ? Au nom de tous mes frères dans le sacerdoce, je n’hésiterai pas à vous répondre, comme saint Pierre : Tu es Christus : vous êtes le Christ. C’est le Christ qui vous a choisi ; c’est en son nom que vous avez été consacré par l’huile sainte ; c’est lui qui vous envoie pour nous évangéliser. Vous serez dépositaire de son autorité parmi nous, et nous vous obéirons en vous aimant… »
Le Pontife répondit à ce noble langage, avec cette élévation et cet à-propos qui devaient être la marque habituelle de ses discours. Mais le peuple attendait avec impatience ses premières paroles ; on avait salué en lui un orateur estimé de la France entière ; on allait entendre un évêque, apprenant à son peuple qu’il mettrait au service de l’Eglise quelque chose de meilleur que l’éloquence.

Écoutons-le :

« A une époque où le vent du scepticisme agite et dessèche la société, il faut à un évêque, pour accomplir l’œuvre de Dieu, trois sortes de forces: la force de caractère, la force de tendresse, la force d’immolation. »

« La force de caractère ! C’est celle que fit éclater Basile le Grand, lorsqu’il résista aux menaces du préfet Modeste, et le confondit en lui disant : vous n’avez donc jamais rencontré un évêque ? Ce genre de force nous sera sans doute inutile du côté de nos ouailles, mais les malheurs des temps ne nous en feront-ils pas un devoir ?

« La force de tendresse ! Je la demande à Dieu de toute la puissance de mon âme, pour veiller à la garde de mon troupeau, et j’ose espérer qu’en échangeant les uns avec les autres nos sentiments de foi et de charité, il s’établira entre nous comme un flux et reflux de confiance et d’amour, courant sacré et divin qui unit le père à ses enfants sous le regard de Jésus-Christ.

« La force d’immolation ! Dans le développement de cette pensée, Mgr Plantier rendit hommage à la mémoire de Mgr Cart, son prédécesseur, et déclara n’avoir pas d’autre ambition que de marcher sur ses traces, et de mériter un jour comme lui la plus touchante des oraisons funèbres : les larmes unanimes d’un peuple chrétien »

Ce n’était pas ici un épanchement de cœur, provoqué par une émotion passagère, MgrPlantieret faisant dire au prélat plus qu’il ne sentait ou qu’il ne voulait exprimer. Tout était pesé dans ses paroles, parce qu’elles devaient être dans sa pensée le programme de son épiscopat. Lorsque, dans quelques années, il se rangera parmi les plus intrépides défenseurs du Saint-Siège, il ne faudra pas attribuer cette ardeur à l’influence de son entourage, car alors il ne fera que tenir un engagement solennel, pris devant les saints tabernacles, le jour de son intronisation, avant d’avoir senti battre le cœur de son peuple.

Un pareil langage fit tressaillir l’assemblée qui écoutait ; l’émotion fut à son comble, lorsque le Prélat, prenant en mains sa première lettre pastorale, en lut la dernière page :

« Et toi surtout, cité de Nîmes, toi qui décores de ton nom l’ensemble du patrimoine que Dieu nous donne, toi dans l’enceinte de laquelle nous devons avoir une demeure fixe, tandis qu’ailleurs nous devons habiter comme sous la tente, fais monter pour nous vers L’Auteur de tout don parfait des demandes plus embrasées. Le but de notre amour, comme celui de notre ministère, est d’ajouter chaque jour, si nous le pouvons, à la plus noble de tes gloires. Tes antiquités sans doute sont magnifiques, Et c’est avec raison qu’on accourt des extrémités de l’Europe pour les contempler ; tes monuments modernes sont dignes des restes incomparables que t’a légués la civilisation romaine. Dans ton sein, l’industrie et le commerce ne sont pas moins actifs que l’art n’est brillant et noblement compris. Autant a fait pour toi le génie de l’homme, autant a fait la nature ou plutôt Dieu même. De riches métaux se cachent dans les montagnes qui sont tes tributaires. Quoi de plus fécond que le sol qui t’environne et dont tu es la reine ? Rien n’est limpide comme l’azur de ton ciel; ton soleil le dispute en éclat à celui de l’Orient. Tous ces avantages t’honorent, nous nous plaisons à le dire avec l’admiration générale.

« Mais la vivacité de ta foi, à laquelle les orages mêmes ont donné plus de sève, tes vertus antiques, tes œuvres de charité sans nombre, ton amour pour le sacerdoce, ton empressement et ta libéralité pour élever de nouveaux et glorieux sanctuaires : voilà sans contestation ton mérite le plus excellent et ton ornement principal. C’est à lui surtout que nous voulons imprimer un essor toujours croissant. Fais une sainte violence au ciel pour que nos vœux s’accomplissent ! Insiste auprès de Dieu pour qu’ouvrier béni dans nos labeurs, nous puissions, à côté de tes édifices matériels si justement renommés, construire avec succès un autre édifice mille fois plus précieux : édifice dont les enfants soient les pierres vivantes, dont Jésus-Christ soit le fondement, l’Église l’architecte, la charité le lien, et qui soit ici-bas l’image de la Jérusalem immortelle, jusqu’à ce qu’un jour il aille en faire partie dans la gloire. »

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Une réflexion sur « Mgr Plantier – Son arrivée à Nîmes »

  1. Liamissidns! So queria mesmo era voltar no tempo, e poder ter meu casamento fotografado por vc!Pura arte!Quem sabe nos 10 anos de casada? ou nos 5?: ))

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