Combien Marie est puissante à défendre ceux qui l’invoque contre les attaques du démon

D’après Saint Alphonse-Marie de Liguori, tiré de l’ouvrage « Les gloires de Marie»

liguoriLa très sainte Vierge n’est pas seulement Reine du ciel et des saints ; son pouvoir s’étend encore sur l’enfer et sur les démons, dont elle a triomphé par l’héroïsme de ses vertus. Déjà à l’origine du monde, Dieu prédit au serpent infernal cette glorieuse victoire de notre Reine, et l’empire que par suite elle devrait exercer sur lui ; car, dès lors, il lui annonça la venue en ce monde d’une Femme qui ruinerait sa puissance : Je mettrai, lui dit-il, des inimitiés entre toi et la femme ; elle te brisera la tête.

Bien beau est le commentaire de Richard sur les paroles des Proverbes : Le cour de son époux se confie en elle, et il ne manquera point de dépouilles. Jésus est l’Époux de toutes les âmes saintes, et avant tout celle de Marie. Or, dit cet auteur, il ne saurait manquer de dépouilles, parce que, tous les esclaves du démon que Marie délivre par ses prières, ses mérites et ses exemples, elle les soumet au domaine de cet Époux divin. Toute semblable est l’interprétation de Cornelius : Dieu, dit-il, a remis entre les mains de Marie le Cœur de Jésus, afin qu’elle prenne soin de le faire aimer des hommes. Comment donc manquerait-il de dépouilles ? Marie lui apporte un nombre infini d’âmes, dépouilles que sa puissance secourable enlève à Satan.

On sait que la palme est le symbole de la victoire ; c’est pourquoi notre Reine a été placée sur un trône élevé, en face de tous les potentats, comme un palmier, pour signifier la victoire que peuvent se promettre en toute assurance ceux qui se mettent sous sa protection. Ainsi peuvent s’entendre ces paroles dans sa bouche : J’ai été élevée comme un palmier en Cadès, – et cela, pour vous défendre, ajoute le bienheureux Albert le Grand. Mes enfants, semble-t-elle nous dire par là, quand l’ennemi vous attaque, recourez à moi ; regardez-moi, et prenez courage ; car vous verrez en moi votre défense et votre victoire tout à la fois.

Le recours à Marie est donc un moyen très sûr de vaincre tous les assauts de l’enfer. Et, en effet, selon saint Bernardin de Sienne, elle étend son empire jusque dans l’enfer ; elle règne en souveraine sur les démons eux-mêmes ; c’est elle qui les dompte et les terrasse. Aussi est-il écrit de Marie qu’elle est terrible pour les puissances de l’enfer, comme une armée en bon ordre, tant elle sait bien disposer son soin de ses ennemis, et pour le plus grand bien de ses serviteurs qui, dans les tentations, invoquent son tout-puissant secours.

Semblable à la vigne, lui fait dire l’Esprit-Saint, j’ai produit des fleurs d’une odeur agréable. – Or, remarque saint Bernard sur ce passage, lorsque la vigne fleurit, on assure que tous les reptiles venimeux s’en éloignent ; de même, les démons fuient loin de ces âmes heureuses dans lesquelles ils sentent l’odeur de la dévotion envers Marie.

Elle est aussi comparée au cèdre : Je me suis viergedragonélevée comme le cèdre sur le Liban ; parce que, si le cèdre est incorruptible, Marie fut exempte du péché ; et plus encore parce que, selon la remarque du cardinal Hughes, comme l’odeur du cèdre met en fuite les serpents, la sainteté de Marie met en fuite les démons.

L’arche d’alliance assurait la victoire aux Israélites. C’est sur son secours que comptait Moïse pour voir les ennemis en déroute : Quand on élevait l’arche, Moïse disait : Levez-vous Seigneur, et que vos ennemis se dispersent. Ainsi tombèrent les murs de Jéricho ; ainsi furent vaincus les Philistins ; car l’arche de Dieu était là, dit l’Écriture, rendant compte de ces glorieux triomphes. Or, on le sait, l’arche était la figure de Marie. Dans l’arche se trouvait la manne, dit le père Cornelius, et en Marie se trouve Jésus, préfiguré par la manne ; et c’est par le moyen de cette Arche qu’il nous rend victorieux des ennemis que la terre et l’enfer arment contre nous. De là cette pensée de Bernardin de Sienne, que, quand Marie, cette Arche du nouveau Testament, fut élevée au ciel pour en être la Reine, le pouvoir de l’enfer sur l’humanité fut affaibli et ruiné.

« Oh ! s’écrie saint Bonaventure, comme les démons redoutent Marie, comme son grand nom les fait trembler » Le même saint compare ces ennemis des âmes aux larrons dont il est écrit au livre de Job : A la faveur des ténèbres, ils vont piller les maisons où ils pénètrent en perçant le mur ; mais quand l’aurore vient à paraître, ils s’enfuient comme s’ils voyaient l’ombre de la mort. Ainsi font les démons, dit saint Bonaventure ; ils entrent dans nos âmes à la faveur des ténèbres de l’ignorance ; mais, aussitôt qu’apparaissent dans une âme la grâce et la miséricorde de Marie, les ténèbres se dissipent devant cette belle Aurore, et les mauvais esprits s’enfuient comme pour éviter la mort. Heureux donc celui qui, dans ses luttes contre l’enfer, invoque le beau nom de Marie.

Cette doctrine fut confirmée par une révélation faite à sainte Brigitte. Dieu, apprit-elle, a donné à Marie un tel pouvoir sur tous les démons, que, quand un de ses serviteurs assailli par eux réclame son secours, d’un signe elle les épouvante et les met en fuite ; ils aimeraient mieux voir redoubler leurs supplices, que de sentir peser plus longtemps sur eux le joug de la puissance de la Vierge.

Faisant l’éloge de cette Épouse bien-aimée, l’Époux divin la compare au lis, et dit qu’elle est entre les autres vierges ce que le lis est entre les épines. Sur quoi Cornelius fait la réflexion suivante :  » Le lis est un spécifique contre le venin des serpents et les autres poisons ; et l’invocation de Marie est un remède souverain contre toutes les tentations, spécialement celles d’impureté ; c’est ce dont peuvent rendre témoignage tous ceux qui en ont fait l’expérience « .

ndfatimaSaint Jean Damascène disait à Marie, et quiconque a le bonheur d’être attaché au service de cette grande Reine, peut lui dire pareillement :  » O Mère de Dieu, si j’espère en vous, bien certainement je ne succomberai point ; soutenu par vous, je poursuivrai mes ennemis ; à leurs traits j’opposerai le bouclier de votre protection et de votre puissance tutélaire, et je me tiens sûr de les vaincre ». Le savant moine Jacques, compté parmi les Père grecs, a donc pu s’exprimer ainsi en s’adressant au Seigneur : En nous donnant cette sainte Mère, vous nous avez remis entre les mains l’arme la plus puissante contre tous nos ennemis, et le gage le plus assuré de la victoire.

Selon le récit des Livres saints, quand le peuple juif fut sorti de l’Égypte, le Seigneur le guida depuis ce pays jusqu’à la Terre promise, le jour par une colonne de nuée, et la nuit par une colonne de feu. Cette merveilleuse colonne, tantôt nuée et tantôt feu, préfigurait Marie, remarque Richard, et le double office de charité qu’elle exerce en notre faveur : comme nuée, elle nous met à couvert des ardeurs vengeresses de la divine justice ; et, comme feu, elle nous protège contre les démons. Car, à l’égard des démons, cette glorieuse Créature est un feu dévorant : la cire approchée d’un brasier se fond et s’écoule ; de même, assure saint Bonaventure, les esprits impurs sentent leurs forces brisées en présence des âmes qui se rappellent fréquemment le nom de Marie et l’invoquent avec dévotion, surtout si elles s’étudient à l’imiter.

Oh ! Comme les démons tremblent, dès que retentit à leurs oreilles le nom de Marie !  » Non seulement les rebelles craignent la Vierge, dit saint Bernard ; mais, de plus, s’ils viennent seulement à entendre son nom de Marie, les voilà qui tremblent de frayeur « . Thomas Kempis en parle de même :  » Les esprits malins redoutent la Reine du ciel ; son nom seul est pour eux comme un feu aux atteintes duquel ils se dérobent par la fuite. Et si les hommes se laissent tomber de frayeur quand la foudre éclate à leurs pieds, les démons ne sont pas moins épouvantés, abattus par le nom de Marie ».

Et combien de glorieuses victoires sur ces ennemis du salut les serviteurs de Marie sont dues à la vertu de son saint nom ! Ainsi les a vaincus saint Antoine de Padoue, ainsi le bienheureux Henri Suson, ainsi tant d’autres amants de Marie. On sait par les relations des missionnaires du Japon, qu’un jour, dans ce pays, une troupe de démons apparurent à un chrétien sous la forme d’animaux féroces ; comme ils cherchaient à l’épouvanter par leurs menaces, il leur répondit :  » Je n’ai point d’armes qui puissent vous nuire ; si le Très-Haut vous le permet, faites de moi tout ce que vous voudrez ; seulement, j’emploierai les noms de Jésus et de Marie « . Il avait à peine dit, et voilà qu’au son de ces noms redoutables, la terre s’ouvre, et ces esprits superbes s’y précipitent. Saint Anselme atteste que beaucoup de personnes qu’il a lui-même vues et entendues, ont soudainement échappé, pour avoir prononcé le nom de Marie, aux périls qui les menaçaient. Que votre nom est glorieux et admirable, ô Marie ! Ceux qui n’oublient pas de le prononcer à l’article de la mort, n’ont rien à craindre, eussent-ils contre eux l’enfer tout entier ; car les démons abandonnent une âme sitôt qu’ils l’entendent prononcer le nom de Marie. – Ainsi parle saint Bonaventure ; et il ajoute que les rois en guerre avec leurs voisins ne redoutent pas une nombreuse armée, comme les puissances de l’enfer redoutent le nom de Marie et sa protection. O Vierge puissante, dit saint Germain, la seule invocation de votre nom met vos serviteurs en sureté contre tous les efforts de leurs ennemis.

Ah ! Plût au ciel que, dans les tentations, les chrétiens fussent attentifs à invoquer avec confiance le nom de Marie ! Il est certain qu’ils ne tomberont jamais. Non jamais, dit Alain de la Roche, car, dès que le tonnerre de ce grand nom vient à éclater, les démons fuient, et l’enfer tremble. Et, selon une révélation de notre céleste Reine à sainte Brigitte, il n’est pas de pécheur tellement désespéré, tellement éloigné de Dieu et livré au pouvoir des démons, que ces ennemis ne l’abandonnent tout d’abord, pourvu qu’avec un sincère propos de s’amender, il ait recours au tout-puissant nom de Marie. Seulement, ajouta-t-elle, si l’âme pécheresse ne se corrige, et ne se purifie du péché par le repentir, les démons reviennent bientôt à elle, et continuent de la tenir sous leur joug.


Prière à Marie

 ndfin

Voici à vos pieds, ô mon espérance, Marie, un pauvre pécheur, qui s’est fait bien des fois l’esclave volontaire de l’enfer. Si je me suis laissé vaincre par les démons, je le confesse, c’est pour n’avoir pas eu recours à vous, mon unique refuge : si je n’y eusse manqué, si toujours je vous eusse invoquée, jamais je n’aurais succombé. Grâce à vous, j’en ai la confiance, ô tout aimable Reine, je suis maintenant échappé aux mains des démons et rentré en grâce avec Dieu. Mais je tremble pour l’avenir, je crains de retomber dans l’esclavage du péché : je sais que mes ennemis n’ont pas perdu l’espoir de me vaincre encore une fois, et que déjà ils me préparent de nouveaux assauts, de nouvelles tentations. Ah ! Ma Souveraine et mon refuge, secourez-moi, cachez-moi sous votre manteau, ne souffrez pas qu’on me voie redevenu leur esclave. A condition de vous invoquer, je suis assuré de votre secours et de la victoire ; mais il me reste une crainte : il pourrait m’arriver de ne pas me souvenir de vous dans les tentations, et d’oublier de vous invoquer.

Ainsi, ô Vierge sainte ! La grâce que je sollicite et que je désire obtenir de vous, c’est de me souvenir toujours de vous, surtout dans les combats que j’ai à soutenir ; accordez-moi d’être fidèle à vous invoquer fréquemment, en disant : Marie, secourez-moi ; secourez-moi, ô Marie ! Et quand enfin viendra le jour de ma dernière lutte contre l’enfer, à l’heure de ma mort, ah ! Ma Reine, assistez-moi plus puissamment encore en ce moment-là, et vous-même, faites-moi penser alors à vous invoquer plus souvent, soit de bouche, soit au moins de cœur ; afin qu’en expirant avec votre doux nom et celui de votre divin Fils Jésus sur les lèvres, je puisse être admis à vous bénir et à vous louer en paradis, pour ne plus cesser de me tenir à vos pieds pendant toute l’éternité.

Amen.

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