Les tempêtes que nous avons à traverser.

Par l’Abbé André-Jean Marie Hamon, curé de St Sulpice (1795 – 1874)

Les tempêtes morales que nous avons à traverser pendant la vie sont de deux sortes : les unes publiques, les autres privées ou individuelles.

Les tempêtes publiques sont celles qui attaquent l’Église d’un bout de l’univers à l’autre : au dehors, ce sont les sectes ennemies qui s’insurgent contre elle ; au-dedans ce sont les mauvais chrétiens qui la déchirent ou la scandalisent. Du milieu de ces vagues furieuses, l’Église nous appelle à compatir à ses douleurs, comme un bon fils aux douleurs de sa mère, à la défendre par la parole, à l’édifier par l’exemple, à la consoler par le dévouement.

A ces tempêtes publiques viennent s’ajouter les tempêtes privées ou individuelles

: tempêtes continuelles, qui attaquent les âmes à tous les âges de la vie, la nuit comme le jour ; tempêtes terribles, qui brisent souvent le vaisseau de l’âme jusqu’à ne lui laisser qu’une planche pour gagner le port, et jette dans la damnation éternelle tant de naufragés spirituels ; tempêtes d’autant plus à redouter qu’elles sont plus invisibles : on y périt sans le savoir, et l’on est déjà au fond de la mer, qu’on croit encore naviguer vers le port. On se rassure sur la pensée qu’on fait comme les autres, qu’il n’y a rien à craindre là où les autres ne craignent pas ; et sur ce fondement, on vit tranquille.

Ces tempêtes viennent tantôt du dehors, tantôt du dedans.

Les tempêtes du dehors sont les affaires qui préoccupent, les revers qui accablent, les mauvais exemples qui ébranlent, la contradiction des langues, le froissement des volontés et des caractères, les embarras de toute sorte.

Les tempêtes du dedans sont les passions, l’orgueil, la luxure, l’avarice, qui perdent les âmes sans qu’elles s’en doutent ; les sens qui se révoltent, les désirs qui tourmentent, l’imagination qui se dérègle, l’esprit qui se dissipe en pensées inutiles, en craintes chimériques ou en vaines espérances.
Il y a trois moyens de salut : la prière, la confiance en Dieu et la défiance de nous-mêmes.

La prière : les apôtres de notre évangile, voyant la barque battue par les flots, viennent à Jésus, l’éveillent et implorent son recours. De même, en voyant les assauts qu’on livre à l’Église, nous devons prier, et prier d’autant plus qu’on l’attaque plus violemment. Dans nos épreuves privées, nous ne devons pas moins prier : là seulement est pour nous le salut.

La confiance : les apôtres luttent avec confiance contre la tempête, en même temps qu’ils prient. A leur exemple, nous ne devons jamais nous laisser abattre ni décourager, mais toujours pleins de confiance en Dieu, persévérer dans la résistance ; ne jamais désespérer ni des maux de l’Église ni jamais de nos propres misères : le Dieu qui la protège elle et nous est le Tout-Puissant ; il n’aura qu’un mot à dire et ce sera le grand calme. Quand dira-t-il ce mot ? C’est son secret ; sachons attendre, et nous serons sauvés. Quiconque espère en Dieu sera entouré de ses miséricordes (Ps 31, 10). Quels que soient les maux de l’Église, quels que soient nos propres maux, jetons-nous avec confiance entre ses bras ; et il nous sauvera, ainsi que la sainte Église.

La défiance de soi-même : Le présomptueux qui ne craint rien, qui ne veille pas sur soi et ne fuit pas les occasions de pécher, se perd infailliblement. Dieu veut nous voir toujours humilié sous sa puissante main ; toujours défiants de notre faiblesse et de ce fond de corruption qui est en nous ; toujours en garde contre les séductions du monde et les occasions dangereuses. Qui ne craint rien se néglige, s’expose et périt ; qui craint, au contraire, évite jusqu’aux apparences du mal, a recours à Dieu, dans lequel seul il place sa force, et il se sauve.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s