Sainte Eugénie de Rome

Sainte Eugénie de Rome

Sainte Eugénie de Rome est une vierge ayant subit le martyre en 257 de notre ère, au temps de l’Empereur Valérien. Mais quelle est donc l’histoire de cette Sainte Catholique à laquelle notre chapelle a été consacrée ? Nous aborderons dans cette rubrique les périodes de sa vie ayant marqué son histoire.

Naissance et jeunesse de Sainte Eugénie.

Eugénie naquSainte Eugénie de Romeit, selon toute vraisemblance, à Alexandrie, en 183 de notre ère, de parents païens ; Claudia et Philippe alors gouverneur d’Alexandrie. Depuis sa  plus jeune enfance, Eugénie disposait d’une remarquable précocité, jouissant d’une grande vivacité d’esprit ainsi que d’une grande mémoire. Cette grande intelligence lui permit d’avoir pour professeurs les plus grands maîtres de l’époque à sa disposition afin parfaire son éducation. L’intelligence d’Eugénie était si grande, qu’à l’âge de ses quinze ans, elle avait pu acquérir une connaissance approfondie de l’étude des lettres grecques et latines mais également de l’étude de la philosophie. C’est à ce don d’intelligence, que Dieu, dans ses desseins qu’Il avait sur elle, l’avait parée d’une beauté supérieure à toutes les autres.

Arriva le temps où son père devait alors songer pour sa fille à un parti digne de son rang. En 199, alors qu’Eugénie était âgée de seize ans, Aquilus, fils du Consul Aquilinus vînt la demander pour fiancée. Philippe, toujours soucieux du bonheur de sa fille, sonda alors la future Sainte quant à cette démarche, lui faisant valoir la haute naissance de l’homme qui souhaitait l’épouser. « Ce n’est pas la naissance, répondit Eugénie avec gravité, ce sont les mœurs qui doivent guider dans le choix d’un époux. On ne vit pas avec les parents de son époux, mais avec lui. » Cette réponse n’était pas pour déplaire à Philippe, qui accepta naturellement le refus de sa fille. Bientôt, de nouvelles sollicitations aux épousailles arrivèrent de toutes parts, de plus en plus nombreuses mais l’amour qu’elle vouait à la virginité les lui faisait toujours repousser.

Eugénie n’eut connaissance du Christianisme que grâce à un livre tombé providentiellement entre ses mains. Ce livre contenait les lettres du Bienheureux Apôtre Paul aux habitants de Rome, de Corinthe et de Thessalonique. Il eut pour effet sur la Sainte, dont la famille était originaire de Rome, de refaire entièrement l’éducation païenne que son père avait souhaitée pour elle. Et quelle ne fut pas la joie d’Eugénie lorsqu’elle lut les leçons de ce nouveau maître sur la virginité !

C’est donc le grand Saint Paul, qui par le biais de ses écrits lui enseigna la nécessité du Baptême pour le Salut de l’âme. Et par toutes les aspirations de son âme, Eugénie voulait et avait besoin de ce baptême. Si elle était alors chrétienne par le cœur, que pouvait-elle faire pour devenir chrétienne de corps et d’âme ? Elle qui était née, qui avait vécue et qui vivait dans un milieu profondément païen ? Sa mère ne pouvait rien pour elle et elle ne souhaitait confier son désir à son père, dont le rang aurait pu être compromis par un tel souhait. Eugénie, alors, était destinée à rester impuissante face aux ténèbres païennes de sa jeune existence…

Fuite et Baptême
À l’âge de ses seize ans, Eugénie paraissait déjà beaucoup plus âgée. Ses saintes aspirations avaient terni les traits de son visage, ce qui avait tendance à inquiéter ses parents. Eugénie, dont le désir de se consacrer à Dieu grandissait, prétexta son affaiblissement pour partir se reposer quelques temps, dans une propriété de son père, située loin de la ville. Elle quitta donc Alexandrie sur son auguste litière, accompagnée de tout son cortège de matrones, et de deux frères eunuques, Prothus et Hyacinthe. Arrivée à la villa de son père, elle confia son désir d’embrasser sa nouvelle religion, de fuir la persécution païenne de sa famille, et de trouver refuge dans un monastère, à ses deux eunuques, qui décidèrent, après avoir étés convertis à leur tour, de l’aider.

Son retour à Alexandrie serait pour elle l’occasion de rejoindre le monastère croisé en chemin. Ses cheveux coupés, sa tenue changée, elle parti à l’aube du jour sur sa basterne et put profiter de l’obscurité matinale pour s’enfuir, sans que le cortège ne l’eut remarqué.

Peu après avoir quittée sa basterne, Eugénie et ses frères rencontrèrent un cortège de nombreux chrétiens, chantant les louanges du Seigneur. Ils se pressaient tous sur les pas du Saint Évêque Hélénus. Eugénie, Hyacinthe et Prothus se joignirent donc au cortège, et écoutèrent les récits de la vie du Saint Évêque. Arrivés au monastère, ils assistèrent à l’office, et après un vif sermon sur les peines éternelles de l’enfer qui étaient réservées aux païens, Eugénie se jeta aux pieds du prêtre Leucius, et le supplia de leur obtenir, à elle et ses frères, une entrevue avec Hélénus, dès le lendemain. Dans son sommeil, Hélénus eut une vision d’Eugénie se déguisant en homme afin de quitter sa vie païenne pour se convertir au Christ. Dieu, dans la vision qu’il lui accorda, lui fit entrevoir les desseins qu’il avait sur elle. À peine son repos terminé, il se pressa d’accorder l’entrevue aux trois jeunes hommes ayant demandé à le rencontrer. Eugénie, qui se présenta à l’Évêque comme Eugène, lui expliqua le désir qu’ils avaient, tous trois, de renoncer au culte des idoles et d’embrasser la vraie religion du Christ.
Après l’avoir écouté, le Saint Évêque lui répondit : « Vous avez raison de vous nommer Eugène, car c’est en homme que vous agissez et agirez en entrant dans la carrière des Saints Combats […] mais sachez, Eugénie, que votre sexe m’est connu, révélé par le Saint Esprit. Et ce qui a plu au Seigneur, c’est ce que vous lui avez préparé au-dedans de vous, une agréable demeure, en gardant le trésor de la virginité et en repoussant sans difficulté les trompeuses caresses du temps présent. »

Après le long entretien qui se tînt entre eux, le Saint Évêque autorisa Eugénie à garder son nom, son apparence, sa tenue et ses deux compagnons, obéissant ainsi aux desseins du Seigneur. Ce Saint Évêque autorisa donc ce qui était si abominable aux yeux de Dieu : le travestissement. Car c’était pour sa sécurité, par nécessité, et dans un but pieux, saint et légitime, qu’Eugénie agissait ainsi.

Avant de les abandonner, il Baptême_sainte_Eugénieles fît tous trois catéchumènes, baptisés de sa main, revêtus de la Sainte Tunique, et admis dans cette communauté chrétienne, vers laquelle ils avaient si courageusement dirigés leurs premiers pas.

Eugénie était au comble de ses vœux. Elle travaillait sans relâche à l’acquisition de toutes les vertus chrétiennes, et aucun autre frère n’avait atteint la perfection aussi rapidement qu’elle. Elle surpassait tous les frères en modestie et en humilité, et bientôt, Dieu lui accorda la grâce des guérisons, si bien qu’elle rendait la santé aux malades. Mais avant de la faire d’avantage briller sur le monde, Dieu lui soumit une épreuve. L’empereur Sévère, l’un des plus cruels persécuteurs de la divine religion de Jésus-Christ, faisait alors couler le sang des chrétiens.

Trois ans s’étaient écoulés depuis que la fille de Philippe étonnait par ses saintes vertus. Elle allait pour cela recevoir une récompense bien redoutable pour son humilité. Le grand prêtre Théodore passa un jour au Seigneur, et les frères furent d’avis de lui donner pour successeur celui qui était parmi eux un ange de vertu : le frère Eugène. C’est ainsi qu’Eugénie devint donc « Abbé », et sa vie fut dès lors une continuelle oraison. Elle s’éleva tellement dans la grâce, qu’aux dons de guérisons, le Seigneur lui confia le pouvoir de chasser les démons des corps et de rendre la vue aux aveugles.

Les bruits de guérisons miraculeuses dues à la Sainte intervention de l’Abbé se répandirent bien vite au dehors, et une riche Matrone d’Alexandrie, Mélenthia, vînt le trouver pour demander quelques soulagements à ses souffrances. À peine Eugène eut-il fait sur elle le signe de croix et l’eut-il oint d’huile sainte, qu’elle rendit de la bile et fut immédiatement guérie. Voulant lui témoigner sa reconnaissance, cette riche femme fît porter à Eugène trois belles coupes d’argent remplies d’or, qu’il prit soin de refuser. Attristée par ce refus, Mélenthia décida de rendre visite à Eugène pour le presser d’accepter ses présents. En le voyant de nouveau, elle fut frappée de sa beauté juvénile et se mît à le courtiser et à le convoiter avec une grande insistance. Eugène, remarquant l’emprise qu’avait l’enfer sur l’âme de cette pauvre femme, ne céda pas à ses avances et la renvoya. Ne pouvant accepter une telle honte, Mélenthia s’en alla trouver Auguste, le Préfet d’Alexandrie, et porta accusation de viol à l’encontre d’Eugène. Pris de rage, Auguste ordonna à ses soldats de se rendre au monastère afin d’arrêter tous les frères qui s’y trouvaient. De retour à Alexandrie, ils furent mis aux fers et la date de leur exécution ne tarda pas à être fixée. Le jour de la terrible sentence arrivée, ils furent jetés au centre du cirque, où ils devaient être dévorés par des fauves

eugenieNe voulant condamner ses frères à un si funeste destin, elle se tourna vers le Préfet, déchira sa tunique, laissant ainsi apparaître sa véritable nature. « Vous êtes mon Père, s’écria-t-elle ; Claudia est ma mère. Je suis Eugénie, votre fille, qui pour l’amour du Christ a dédaigné le monde et le néant de ses plaisirs. Le Christ s’est montré bon maître, il m’a rendue par sa miséricorde supérieure à toutes les atteintes du vice, et j’espère lui appartenir pour toujours ! »

Le peuple, qui avais pleuré la disparition d’Eugénie, hurla son plaisir et l’acclama. Le cirque qui devait voir couler le sang des chrétiens, fût le théâtre de leur triomphe, et contribua à la conversion de Philippe et de sa femme à l’unique et vraie foi.

Son Martyre

Le retour d’Eugénie fut marqué de nombreuses conversions, et la plus importante d’entre-elles fut sans doute celle du Préfet lui-même à la suite de laquelle il donna ordre de rouvrir toutes les Eglises. C’est ainsi que prirent fin les persécutions à l’encontre des chrétien. Sa famille et lui décidèrent, afin d’embrasser totalement la religion chrétienne, de recevoir le baptême des mains de l’Evêque Démétrius.

Après ce véritable triomphe de la foi, Eugénie ne se reposa pas et poursuivit son apostolat auprès des jeunes vierges, construisant avec l’argent de son père un lieu leur étant destiné ; ce fut le premier couvent.

Cette expansion du christianisme déplaisait fortement aux nombreux païens qui refusaient toujours de se convertir, et bientôt, ils se rendirent à Rome rendre compte aux Empereurs des agissements de leur Préfet. Menacé de la confiscation totale de ses biens, Philippe les vendit à la hâte et distribua l’argent ainsi gagné aux multiples Eglises d’Egypte. Fou de rage, le nouveau Préfet nouvellement nommé donna ordre de faire assassiner Philippe. C’est à la suite de cet acte qu’Eugénie et sa famille décidèrent de quitter Alexandrie pour retourner à Rome afin de poursuivre son apostolat.

Après avoir envoyé dans le sein de Dieu une multitude de vierges, l’heure du dernier et grand combat était venue pour elle. Pompée avait porté plainte contre elle devant les empereurs, et avait été entendu. Le Préfet interrogea donc la Sainte sur la « magie » qui permettait aux chrétiens de triompher sur leurs dieux. Après de longues explications, elle fût conduite au temple de Diane afin d’y être sacrifiée, et, arrivée à l’édifice, elle se mit à prier le seigneur de venir à son aide, et de couvrir de confusion ceux qui servaient cette idole et se glorifiaient eux même dans leurs simulacres. C’est alors qu’une violente secousse ébranla le sol, fît trembler le temple, le faisant tomber en ruine. Seul restait l’autel devant lequel se trouvait Eugénie.

Tandis que certains proclamèrent l’innocence d’Eugénie, d’autres la traitaient de magicienne. Informé par le Préfet, l’Empereur Gallien condamna Eugénie à être jetée dans le Tibre avec une énorme pierre autour du cou. Mais le Seigneur n’abandonna toujours pas Eugénie dans le fleuve : l’énorme pierre se détacha du cou de la Sainte et tous purent la contempler tranquillement assise à la surface de l’eau, comme portée par les Anges. On l’en retira pour l’exposer à un nouveau supplice. Elle fut alors condamnée à être jetée dans une fournaise ardente. Quand elle fut dans les flammes, celles-ci s’éteignirent aussitôt. En vain essaya-t-on de rallumer ce feu, mais le bois ne produisit plus qu’une fumée épaisse qui étouffait le brasier censé la brûler. C’est alors que ses persécuteurs décidèrent de la jeter dans un cachot et de la laisser là, dix jours, sans eau ni nourriture et sans aucun contact avec la lumière extérieure. Mais ils ignoraient que là encore Dieu serait avec elle. Il illumina soudainement la prison, et Eugénie elle-même devint tout éblouissante de clarté, et le Sauveur lui apparut pendant son long jeune. Sainte Eugénie décapitéeHeureuse martyre ! Non seulement le Seigneur lui rendait visite de sa personne chaque jour, mais il la communiait de sa main.

Voyant que ce dur châtiment ne lui ôtait toujours pas la vie, un gladiateur reçut l’ordre de se rendre dans la cellule de la Sainte afin de lui percer la gorge de son glaive, et c’est alors que son âme s’envola pour rejoindre son divin époux. Ainsi prit fin le martyre de Sainte Eugénie de Rome

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